Les trésors cachés de l’École Pratique d’Industrie, Lycée du Rempart

1 Rue du Rempart, 13007 Marseille
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Les trésors cachés de l’École Pratique d’Industrie, Lycée du Rempart
Arrondissement : 7ème

Etablissement d’enseignement secondaire et d’enseignement général et technologique, le Lycée Rempart a été crée en 1903 par les architectes Charles Cravio et Pacaud. Ces 16 mètres de hauteur de façades arborent de belles sculptures dont un visage de femme entourée de deux lions surmontés d’une monumentale gravure “Ecole Pratique d’Industrie”, son nom d’origine. Mais c’est dans ses entrailles, qu’on été trouvées en 2018, des trésors cachés du Veme siècle et du Moyen-Âge !

On doit également à l’un des architectes de l’établissement,  Charles Cravio, les très belles demeures des 437, 454, 486 de la rue Paradis. Quant à l’architecte Pacaud on lui doit le n°293, toujours rue Paradis. Sur les 13 000 m² de surface du Lycée du Rempart accueillant 700 élèves on y trouvait même jusqu’en 2017 un centre d’Art Contemporain, le Passage des Arts et aussi la champignonnière des Champignons de Marseille ! Depuis 2020 on y a un bâti un internat de 50 lits, tout en dévoilant des trésors inattendus. Des maçonneries médiévales ont été découvertes lors des fouilles préventives des services d’archéologie. Les plus anciennes découvertes sont des sépultures datant du Ve siècle ! En 2018 le président de la Région, Renaud Muselier annonçait l’installation d’une dalle de verre afin de rendre visible ces vestiges.

Voici en intégralité la notice de l’INRAP rédigée par Diana Montaru et Catherine Rigeade lors des fouilles réalisées du 15 mai au 31 juillet 2018 sur une surface de 630 m² :

L’Antiquité grecque n’est représentée que par quelques niveaux de colluvions ayant piégé des fragments de céramique et aucune occupation sur l’emprise même du site ne peut être attestée. Ces contextes sont directement scellés par des séquences rattachées aux ve et vie s. En partie centrale de la fouille, des tranchées d’épierrement comblées à la fin du vie s ou au viie s., témoignent d’un bâtiment disparu dont peu d’éléments sont connus. Celui-ci se développe sur une longueur de 10,10 m d’est en ouest et n’a été reconnu que sur une largeur de 1,20 m du nord au sud. Ses tranchées larges et profondes permettent de restituer un bâtiment d’une certaine ampleur dont la date de construction demeure inconnue. Une occupation funéraire de l’Antiquité tardive et du Moyen Âge a été mise au jour, confirmant les résultats du diagnostic préalable réalisé sur la parcelle.

Cet ensemble sépulcral s’inscrit dans la vaste nécropole qui se développe autour de l’abbaye Saint-Victor dont l’actuelle façade méridionale se situe à quelques dizaines de mètres du site. Trente-trois sépultures ont été découvertes. Dans leur grande majorité, il s’agit d’inhumations en fosse, avec ou sans aménagement de parois. Une dizaine ont révélé des indices de couvertures, soit en pierre, soit réalisées à l’aide de planches de bois, et une unique sépulture en amphore a été retrouvée. Enfin, trois coffrages quadrangulaires de pierres n’ont pas révélé d’ossements. La plupart des tombes sont de types primaires individuelles. Une seule a révélé la présence d’un dépôt secondaire de type réduction et une dernière correspond à un ossuaire partiellement conservé. Les creusements sont rectangulaires ou oblongs, majoritairement étroits, induisant aux squelettes des positions contraintes. Les parois sont globalement verticales et les fonds sont plats. Une seule sépulture, de type rupestre, comporte un emplacement céphalique creusé dans le rocher calcaire.

Côté Avenue de la Corse rénové en 2020-2021

Le port de linceul et la présence de soutien sous la tête du défunt ont également pu être mis en évidence dans plusieurs cas. Les sujets sont déposés en décubitus dorsal, orientés selon un axe globalement OE (tête à l’ouest). De manière systématique, les membres supérieurs sont fléchis et les jambes en extension. Les squelettes sont moyennement conservés et plus ou moins bien représentés. Au total, 24 individus ont été dénombrés (20 sujets adultes et 4 immatures). L’analyse préliminaire anthropobiologique en laboratoire fait apparaître un sex-ratio en faveur des sujets masculins. Les adultes sont majoritairement des sujets âgés. Parmi les immatures, on dénombre deux sujets périnatals et deux grands adolescents entre 15 et 19 ans. Les recoupements et les changements d’orientation observés au sein de l’espace funéraire permettent d’envisager plusieurs phases distinctes d’inhumation. Une seule sépulture est attribuée à l’Antiquité tardive, tandis que les autres se répartissent entre le xie et le xiie s.

Aucun mobilier n’est présent dans les tombes, à l’exception d’une boucle de ceinture retrouvée en position fonctionnelle. L’encaissant, selon les secteurs, contient du mobilier s’étageant du ive au xiiie s., mêlé à des tessons antiques résiduels. Un autre apport de cette opération de fouille est la découverte de bâtiments médiévaux qui se succèdent durant un laps de temps assez court, entre la fin du xiiie et la fin du xive s. Même si leur plan est largement incomplet, la qualité de leur construction et leur proximité avec l’abbaye Saint-Victor incitent à les mettre en relation avec cette dernière. Des premières constructions, seul l’angle d’un bâtiment se développant vers le sud et l’ouest a pu être identifié ; aucun niveau de sol n’est conservé à son contact. La seconde phase est mieux identifiée, même si nous ne connaissons encore que l’angle d’un bâtiment, se poursuivant, cette fois-ci, en direction du sud et de l’est. Les caractéristiques de cette construction (fondations très puissantes, présence de contreforts) autorisent à envisager une structure imposante, se développant sur une longueur observée de 26 m.

plan général phasé des vestiges

Les rares surfaces de sols intérieurs, construites en terre et cailloutis compactés, ainsi qu’une fosse fouillée à son contact, permettent de dater son utilisation à la fin du xiiie s et au xive s. Cette fosse a livré un lot de mobiliers archéologiques variés, dominés toutefois par les rejets issus des cuisines (céramique et faune), permettant de dater assez précisément son comblement dans le dernier tiers du xiiie s. Ils éclairent par ailleurs sur la variété des espèces animales consommées durant cette période, largement dominées par les caprinés, mais composées également de bœuf, porc, poulet, lapin, canard, perdrix, pigeon, ainsi que de nombreuses espèces marines, parmi lesquelles le thon. Enfin, dans un dernier temps, le long mur EO est partiellement repris pour former la limite méridionale d’un espace qui se développe, encore une fois hors emprise, vers le N.-O. Ce dernier état médiéval est abandonné à la fin du xive s.

La fin de l’occupation médiévale dans la seconde moitié du xive s. semble marquer la désaffection de la zone, tout au moins en termes de bâti, durant quelques siècles. La construction de l’enceinte urbaine, à la fin du xviie s., enclot le périmètre de fouille, mais ne bouleverse pas immédiatement ce secteur de la ville que l’urbanisation ne gagnera que lentement, dans le courant du xixe s.

Sur l’emprise même du site, les constructions d’époque moderne sont localisées à ses deux extrémités est et ouest, tandis que la partie centrale demeure en jardins. Enfin, dans les premières années du xxe s., la construction de l’école technique de garçons est réalisée le long du « prolongement du boulevard de la Corderie ».

Les puissantes fondations de cet établissement divisent le terrain en sept espaces successifs, la partie centrale du site conservant les vestiges d’un foyer et de structures associées, bassin et canalisation en briques, interprétés comme les vestiges de la centrale à vapeur du lycée”.


SOURCES PSS Archi & notice rédigée par Diana Montaru et Catherine Rigeade INRAP
PHOTOS  Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com & Cartes postales anciennes & AO G. Frommherz, Inrap
A NOTER Ce site est un blog personnel, ces informations sont données à titre indicatif et sont mises à jour aussi souvent que possible. N’hésitez pas à me contacter pour toute correction ou contribution

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