De Pébéo 1919, à Emmaüs St Marcel 1989

46 Bd de la Cartonnerie, 13011 Marseille
258
De Pébéo 1919, à Emmaüs St Marcel 1989
Arrondissement : 11ème
Site Internet : emmaus-saintmarcel.com
Inventeur du godet de gouache et de la première acrylique made in France, le précurseur en matière de peinture à l’école, Pébéo, implantée à Gémenos depuis 1989, a vu le jour en 1919 à Marseille dans le quartier de Saint-Marcel au bord de l’Huveaune sur le site actuel de la Communauté Emmaüs. Pébéo ? ce nom est en fait une formule chimique, le “PbO”, le protoxyde de plomb à l’origine des pigments de couleur. D’abord peinture pour le bâtiment, la Pébéo évoluera avec le temps et créera la tendance pour venir également se poser sur les toiles des plus grands dont un certain Picasso ! Retour sur cette étonnante saga familiale, labellisée Entreprise du patrimoine vivant français, fusion des secteurs de l’industrie et de l’art.

De Pébéo 1919, à Emmaüs St Marcel 1989, MarseilleLes anciens bâtiments de l’usine de la Compagnie française de produits chimiques étaient situés entre la route départementale D2 et le fleuve. Le lieu accueille de nos jours la communauté Emmaüs de Saint Marcel. Un canal, le Béal, alimentait en force motrice La Plébéo alors entreprise d’une vingtaine d’employés. Son activité initiale : transformer le plomb en produits dérivés… Les pigments fabriqués alors sont commercialisés à l’état pur ou transformés en couleurs en poudre destinées aux artisans peintres : les peintures prêtes à l’emploi ne sont pas encore de ce monde. De la soierie, Claudius Chaveau aimait contempler ces amoncellements d’écheveaux livrés par les teinturiers. Plus que la matière, c’est leur parure de couleurs qui le fascine déjà… Il travaille quelques mois dans les laboratoires des frères Lumière avant d’être contacté en 1922 par un certain Dubost, administrateur de La Pébéo, qui recherche un ingénieur.

Commence alors la longue histoire de famille d’un fabricant de couleurs. Il sera rapidement nommé administrateur et directeur général.

De Pébéo 1919, à Emmaüs St Marcel 1989, MarseilleEn 1929, toutes les anciennes fabrications de l’entreprise sont remplacées par celles des pigments de jaune et d’orange de chrome (chromate de plomb obtenu par précipitation d’un sel de plomb par un chromate alcalin), des pigments de cadmium mais aussi des laques (matière alumineuse colorée) et du broyage de couleurs en poudre destinées à l’industrie des peintures pour bâtiments. Ces nouveaux procédés de fabrication permettent à l’usine de contourner les aléas de la spéculation sur le cours du plomb métal au moment des achats. Des essais menés dans des conditions extrêmes ont permis d’optimiser les formulations. Il s’agit alors d’étudier la résistance des pigments en atmosphère saline conjuguée aux rayons du soleil, et de tester l’efficacité des peintures sous-marines. Si ces dernières n’ont pas vu le jour, celles destinées à la signalisation et à la publicité offrent rapidement à la société des perspectives prometteuses.

Sans moyen de conservation, les artistes mélangent les pigments, réduits à l’état de poudre avec le liant juste avant de les utiliser. Au XIXe siècle, ce sont des vessies de porc qui servent de contenant. Les tubes d’étain sont inventés vers 1840. Ces nouveaux récipients améliorent la durée de conservation des couleurs.

De Pébéo 1919, à Emmaüs St Marcel 1989, Marseille Les peintres impressionnistes sortent alors de leur atelier pour aller peindre leurs paysages sur le motif, c’est-à-dire dans la nature. En 1934 La Pébéo lance, pour commencer, 15 couleurs prêtes à l’emploi, une révolution pour l’époque ! La Pébéo lance ses premières peintures à l’huile en tubes pour les publicités peintes sur les murs ! D’une vocation purement décorative, à destination d’artisans, ces couleurs séduisent aussi les artistes que sont certains d’entre eux et entrent par ce biais dans le monde de l’art. Sans le savoir, « la Pébéo » amorce lentement sa mutation…En 1935 sur le site de Saint-Marcel, un haut et vaste bâtiment est construit pour abriter les nouvelles fabrications d’orange, de rouge et de bordeaux. Les pigments organiques offrent une vaste gamme de couleurs. Une des cinq énormes cuves est réservée à la fabrication de résinate métallique appelé siccatif, essentiel dans la préparation des peintures. Vendu par le même circuit commercial et fabriqué par voie humide, puis séché, comme les pigments, ce produit, appelé Durcilac, connaît un essor rapide.

Dans le même temps le fils de Claudius Chaveau, Robert, encore enfant s’initie aux couleurs et prendra quelques années plus tard la tête de l’entreprise en 1953.

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Le site de nos jours, Communauté Emmaüs St Marcel

En 1940, suite à la suggestion d’un fabricant d’emballages métalliques, Mario de Andreis, La Pébéo part sur le marché de la peinture pour enfants sous forme de pastilles de couleurs. Dans le contexte industriel du début de la guerre, les produits pauvres en matière première sont des opportunités à saisir. La première boîte de pastilles est née. Elle est susceptible d’apporter à l’entreprise un complément d’activité dans une période où celle-ci est affectée par la guerre. La mise au point des petites plaquettes estampillées d’un dragon en relief donne du fil à retordre : les poils des pinceaux n’y résistent pas ! Mais les produits deviennent plus que performants ! C’est le début d’une longue histoire…

En 1948 le tube de gouache lancé par Pébéo fait un tabac. Elles se démarquent des productions similaires par un tel niveau de qualité que les professeurs de dessin sont les premiers à la recommander. Le secteur de la distribution commence à se poser un certain nombre de questions sur cette entreprise marseillaise venue de nulle part !

Dans les années 50, l’école développe d’une façon fabuleuse la pratique de la peinture libre. La notion d’atelier de peinture voit le jour avec la mise en avant de l’expression plastique des enfants. De la collaboration entre Célestin Freinet (instituteur et initiateur de l’école moderne) et la marque « La Pébéo » naîtra toute une gamme de produits et des couleurs en poudre d’un exceptionnel rapport qualité-prix. Une nouvelle forme d’expression artistique scolaire est née : l’expression libre…

De Pébéo 1919, à Emmaüs St Marcel 1989, MarseilleDrouant possède une reconnaissance certaine dans le monde des arts auprès des collectionneurs et les plus grands artistes se succèdent dans sa galerie parisienne. Braque, Gromaire, Soutine, Van Dongen, Othon Friez, Buffet… Ce négociateur de talent a le sens aigu des affaires. La cession de sa fabrique est officialisée en 1952. Une belle image dans le monde des arts qui permet à La Pébéo de faire enfin ses premiers pas dans le monde aristocratique de la couleur fine et d’accueillir dans son usine marseillaise de nouvelles machines pour lancer cette activité et de nouveaux produits telle la gamme vernis Beaux-Arts ou encore une gouache extra-fine à l’huile qui donnera naissance à la marque Fragonard. Dans les années 60 Pébéo lance la peinture sur tissus…chez les Chaveau, la cuisine familiale se transforme en laboratoire. Les lavages et les étendages se succèdent pour tester la tenue, jusqu’à une parfaite satisfaction et un produit aux couleurs vives qui va notamment connaître un grand succès dans les îles du Pacifique. Dans le même temps sont lancés de nombreuses innovations et produits : la dose plastique pour la gouache, la gouache tactile pour les enfants, une encre à dessiner, une nouvelle gomme à dessin, des feutres rechargeables ou encore un vernis à vitrail.

Dans les années 70 La Pébéo devient Pébéo.

De Pébéo 1919, à Emmaüs St Marcel 1989, Marseille

Le site de nos jours, au bord de l’Huveaune

Dans le même temps, le brevet Pantone est déposé par son inventeur, Mr Herbert. En Europe, les fabricants d’encres achètent la licence, mais rien n’est distribué. Robert Chaveau, séduit par le concept, pense à intégrer les produits dans le catalogue du département graphique. Après des contacts et une réunion concluante avec les plus grands distributeurs des arts graphiques, il passe commande. Mais quelques jours plus tard, la réponse du groupement s’avère finalement négative… La seule solution : la vente directe ! Pébéo réussit ce tour de force contre vents et marées. Une revanche de courte durée : en 1974, Pantone passe sous le contrôle d’une firme anglaise !

En 1975 c’est la fin de la fabrication des pigments organiques, le passage à 100 employés et deux ans plus tard le lancement de la première acrylique “made in France”. A partir de 1983 Pébéo lance des filiales Pébéo Scandinavia au Danemark, Pébéo Italia et Pébéo USA avec l’objectif de proposer l’intégralité de l’offre de la marque.

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Le nouveau siège de Gémenos

En 1993 Pébéo lance le 1er tube en plastique transparent, primé aux USA. En 1995 Eric Chaveau succède à son père Robert. A ce moment là 1 600 formules permettent au fabricant de produire 3 500 produits commercialisés en 10 millions de tubes et 10 millions de flacons l’an. 1989 marque la fin de l’aventure de l’usine historique marseillaise qui laissera sa place à communauté d’Emmaüs de Saint Marcel. L’agencement ne permet plus de travailler dans de bonnes conditions. Les bâtiments ne sont plus adaptés. Il faut se rendre à l’évidence : impossible de répondre à la demande de marchés importants. L’entreprise s’installe à Gémenos dans un bâtiment conçu par l’architecte Maurice Sauzet, profondément marqué par l’architecture traditionnelle nippone. La structure offre au visiteur une exposition permanente d’œuvres contemporaines qui se déploie sur un jardin. Une fois le déménagement réalisé, l’amélioration est très nette : un gain de productivité de 15 à 20 % par rapport à l’usine de St Marcel.

Doté d’un laboratoire de dernière génération, Pébéo connaît rapidement un rayonnement international dans plus de 70 pays.

De Pébéo 1919, à Emmaüs St Marcel 1989, Marseille

Communauté Emmaüs St Marcel

Parallèlement au lancement de sa nouvelle usine Pébéo marque de plus en plus son immersion dans le monde de l’art par de nombreuses collaborations, mécénat et organisation d’événements. En 1998 elle démocratise la peinture sur porcelaine et lance en 1999 Arti’stick, une peinture repositionnable transparente. En 2003 Pébéo installe une usine “jumelle” (même principe, même architecte, même espace d’exposition) s’implante près de Shanghai. 5 ans après en 2007, Pébéo est sacrée meilleure PME française en Chine et labellisée Entreprise du patrimoine vivant français. En 2008 Pébéo s’engouffre dans la tendance du loisir créatif et lance une nouvelle marque : P.BO Déco. Dans cette décennie, les innovations et les partenariats s’enchaînent Cow Parade et Capitale de la Culture à Marseille, Mécènes du Sud, Affordable Art Fair, Monumenta. En 2014 Antoine Chaveau la 4ème génération, fils d’Éric intègre l’entreprise et devient Directeur Commercial Export et s’occupe des zones du Moyen Orient ; du Maghreb ; de l’Inde et l’Europe de l’Est. En 2017 Pébéo lance la pâte à modeler 100% naturelle et bio en 2018 les Acrylic Markers.

En 2019 à l’occasion des 100 ans de l’entreprise et pour sa 4eme édition, Pebeo étend son concours Mixed Media à l’international. Enregistre plus de 1500 inscriptions, Une demi-finale à Paris avec 3 gagnants parmi 20 lauréats et une finale à Londres lors d’une exposition collective. Pour ses 100 ans la marque lance également toute une gamme d’encres végétales aux formules naturelles et perpétue sa tradition d’innovation et d’implication dans le monde de l’art.


SOURCES Pébéo & leclere-mdv.com
PHOTOS Pébéo & emmaus-saintmarcel.com leclere-mdv.com & Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com
A NOTER Ce site est un blog personnel, ces informations sont données à titre indicatif et sont mises à jour aussi souvent que possible. N’hésitez pas à me contacter pour toute correction ou contribution

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