Chez Marthe, ex Foyer Jean-François Régis

50 Rue Saint-Savournin, 13001 Marseille
3669
Chez Marthe, ex Foyer Jean-François Régis
Arrondissement : 1er

La congrégation des sœurs de Notre-Dame de la Compassion, créée en 1843 par le père Jean-François Régis Barthès, tenait rue Saint-Savournin l’un de ses derniers foyers marseillais. Fin 2024, la start-up belge de coliving Cohabs signe une promesse de vente sur les 1 400 m² du couvent ; en janvier 2025, la Ville de Marseille exerce son droit de préemption pour lui conserver sa vocation sociale. Le bâtiment doit devenir une résidence sociale étudiante, confiée au bailleur Batigère. En attendant les travaux, il abrite depuis janvier 2026 « Chez Marthe », un lieu d’accueil destiné aux femmes sans domicile, mêlant hébergement, accompagnement social et espaces de vie partagés.

C’est précisément ici, dans cet écrin méconnu, que l’Histoire de ce quartier du nord de la Plaine a débuté. Généreux mais un peu égocentrique, Jean-Baptiste de Villiers de Saint-Savournin a offert en 1776 à la ville une partie de son domaine, moyennant un boulevard arboré à son nom, de Villiers, l’actuel cours Franklin-Roosevelt, ainsi qu’une venelle, la rue Saint-Savournin. C’est sur ce terrain que sera créée, au milieu des champs et des oliviers, la toute première bâtisse de l’époque. Deux cents ans après, la belle maison et ses jardins arborent toujours de nombreux éléments d’origine, comme le réfectoire installé dans les anciennes écuries et la chapelle. C’est au milieu du XIXe siècle que cette demeure rejoindra la congrégation des sœurs de Notre-Dame de la Compassion, fondée en 1843 par le père Jean-François Régis Barthès S.J.

L’œuvre recueillait alors les jeunes filles de la campagne en quête d’un emploi de servante à Marseille.

Depuis les années 1960, le foyer s’est uniquement consacré à l’hébergement des étudiantes et lycéennes, demeurant parfois très loin de Marseille et souhaitant résider dans le centre-ville, à proximité de leurs établissements universitaires. Ce cocon paisible a accueilli jusqu’à une cinquantaine d’étudiantes, et des garçons depuis 2021, une révolution ! Une deuxième maison abritera, jusqu’aux lois de 1905, une école et ses 200 élèves, aujourd’hui transformée en petit théâtre. Adossée, se trouve une étonnante chapelle néogothique bleutée et son superbe orgue de 1866, manufacturé par l’un des maîtres en la matière, le facteur toulousain Théodore Puget. La chapelle tout comme l’instrument ont été dessinés par l’abbé Joseph Pougnet, auquel avaient été confiés, à la même période, l’achèvement et le décor de l’église des Réformés. L’instrument, rare et en parfait état de conservation, avait lors de son inauguration subjugué les amateurs. Il arbore un style gothique flamboyant gris et or, encadré de colonnettes surmontées d’anges musiciens. Dix jeux répartis sur deux claviers et pédalier, transmission entièrement mécanique : son cœur cache un mécanisme restauré en 2017 par la Manufacture languedocienne de grandes orgues, avec une tubulure en carton et des soufflets en peau de chèvre d’Ardèche !

Attention à ne pas confondre deux affaires distinctes : la dissolution prononcée par le Saint-Siège début 2026 et la mise en vente qui a suivi concernaient « la Grande Compassion », la maison mère et maison de repos de l’allée de la Compassion, dans le 12e — le Vatican y a depuis renoncé. Rue Saint-Savournin, c’est la préemption de la Ville, en janvier 2025, qui a tout déclenché.

Et maintenant ?

Porté par Véronique Eyraud — qui l’a baptisé du nom de sa grand-mère, laquelle accueillit toute sa vie des pupilles de l’Aide sociale à l’enfance — Chez Marthe a ouvert en janvier 2026 sous convention d’occupation temporaire, les murs étant prêtés gracieusement par Batigère Habitat Solidaire. Une cinquantaine de chambres meublées : une trentaine pour des femmes et des enfants orientés par le 115, accompagnés par l’association Habitat Alternatif Social, une vingtaine pour des étudiantes en difficulté financière, accompagnées par l’association Just. Trois hôtes de maison assurent le quotidien. Le projet est soutenu financièrement par Kedge et la Métropole Aix-Marseille-Provence. Le lieu est largement ouvert sur le quartier : un restaurant participatif à prix libre tenu avec Les Petites Cantines, un espace de coworking animé par les collectifs Sista4Good et Benenova, des bureaux pour associations et artistes, des ateliers de jardinage. La chapelle, orgue, chaire et ferronneries en décor, accueille expositions d’art contemporain et rencontres culturelles — « L’Étreinte des lieux » s’y est tenue en octobre 2026. La programmation est annoncée sur le compte Instagram du lieu.

Rien n’est définitif : la convention court sur un an, au terme duquel Batigère doit lancer la transformation en résidence sociale. Cent soixante-dix ans après les jeunes servantes venues de la campagne, la maison accueille toujours celles que la ville laisse de côté.


SOURCES Marsactu & Made in Marseille & La Marseillaise & Marcelle & Inventaire national des orgues
PHOTOS Dominique Milherou
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