Le Terebel et le pétrole des Calanques, 1963-1971

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Le Terebel et le pétrole des Calanques, 1963-1971
Arrondissement : 9ème

Dans les années 1960, les Calanques redeviennent un territoire d’expérimentation pur la recherche de pétrole. Après les recherches terrestres menées autour de Marseille, l’attention se porte cette fois vers la mer, à quelques encablures seulement du littoral, entre l’île Plane, Calseraigne pour les puristes, et Cortiou. Ce texte reprend de nombreuses et précieuses informations historiques et visuels livrés par l’association Calancoeurs dans un post facebook.

À cette époque, la prospection pétrolière s’intéresse de plus en plus au plateau continental et aux zones marines peu profondes. L’Institut français du pétrole travaille alors sur une technique nouvelle : le « flexorage ». Le principe consiste à remplacer les tiges rigides classiques par un tube flexible contenant des câbles conducteurs et un outil motorisé en profondeur, turboforeuse ou électroforeuse. Cette innovation permet d’aller plus loin sous le fond marin, mais impose une contrainte majeure : maintenir le navire presque immobile au-dessus du point de forage. Pour ces essais, l’IFP adapte un navire expérimental, le Terebel. Ancien chaland de débarquement datant de 1944, affrété par la société Gazocéan, il est transformé en bâtiment de prospection scientifique et de forage sous-marin. Basé à Port-de-Bouc, il deviendra l’un des navires pionniers de cette recherche, jusqu’à réaliser en 1970 un prélèvement par 2 400 mètres de profondeur, présenté alors comme une première technique.

C’est en 1966 que le Terebel arrive au large des Calanques. Le point choisi se situe tout près de l’île Plane, à environ 250 mètres au nord-nord-ouest de sa pointe sud-est. Le 16 août 1966, les opérations commencent par la pose de trois énormes corps morts de 40 tonnes chacun, répartis entre l’île et Cortiou. Le navire reste en place jusqu’au 15 décembre. Pour les pêcheurs de la Madrague, des Goudes et de Morgiou, l’installation est un vrai problème. La zone correspond à l’un de leurs grands « esplaï », le Grand Travès, poste réputé depuis des générations pour la pêche à la sardine au lamparo, notamment l’hiver, lorsque les bateaux trouvent abri derrière les îles.

Dès août 1966, les pêcheurs, menés par leur prud’homme M. Gaudin, font connaître leur mécontentement. Les forages, annoncés comme temporaires, s’éternisent et gênent leur activité. Le Terebel quitte les lieux pour l’hiver, mais les blocs d’ancrage et la bouée demeurent en place dans l’attente de son retour. Comment caler les filets sans risquer de les accrocher, de les enrager et de les déchirer ? En janvier 1967, les pêcheurs réclament une indemnisation pour la gêne subie et les pertes de matériel. Une négociation s’engage avec l’Institut français du pétrole, qui mandate un expert de l’Institut scientifique et technique des pêches maritimes. Elle aboutit finalement à un accord compensant une année d’activité réduite.

Les forages reprennent en juillet 1967. Le bâtiment est signalé par des feux, tandis qu’une bouée lumineuse blanche à feu fixe marque le point de mouillage lorsque le navire s’en éloigne. Il est alors interdit aux autres bateaux de s’approcher à moins de 200 mètres et de passer entre l’île et la bouée. À la fin du mois d’août 1967, les travaux s’achèvent. La bouée et les installations sont retirées, et les pêcheurs peuvent retrouver leurs postes. Quant aux résultats de ces forages, ils restent difficiles à documenter. On sait seulement que la zone à l’est de Calseraigne apparaît encore dans des documents scientifiques comme un secteur de forage pétrolier expérimental. Des décennies plus tard, dans les années 2000, de nouvelles velléités d’investigations en mer susciteront une forte opposition locale, empêchant toute reprise d’opération.

Reste cette histoire étonnante : pendant quelques mois, au cœur d’un paysage aujourd’hui associé à la protection du Parc national des Calanques, un ancien chaland de guerre reconverti en laboratoire flottant a fait de l’île Plane et de Cortiou l’un des terrains d’essai du forage sous-marin moderne.


SOURCES Calancoeurs  & Le Monde & Ifremer & Parc National des Calanques
PHOTOS Archives via Calancoeurs (retouchées)
A NOTER Ce site est un blog personnel, ces informations sont données à titre indicatif et son mises à jour aussi souvent que possible. N’hésitez pas à me contacter pour toute correction ou contribution

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