Pastré Grande Bastide, 1893, le songe de Don Bosco

20 Av. de la Grande-Bastide, 13009 Marseille
5027
Pastré Grande Bastide, 1893, le songe de Don Bosco
Catégorie : Lieux historiques / Bastides
Arrondissement : 9ème

C’est Don Bosco, fondateur de la congrégation des salésiens en 1859 à Turin, qui est à l’origine de la création de l’établissement. En 1883, Mathilde Pastré, née Anne Mathilde Régny en 1814, met sa bastide de Sainte-Marguerite à la disposition de Don Bosco en reconnaissance de la guérison de sa petite-fille Marguerite — une propriété qu’il avait décrite avant même de la voir, dans un songe. Aujourd’hui le site accueille l’école, le collège et le lycée Pastré Grande Bastide pour plus de mille deux cents élèves.

Marguerite, 18 ans, était malade depuis une douzaine d’années et sa grand-mère avait fait plusieurs voyages à Lourdes sans résultat. Elle avait entendu Don Bosco à l’église de la Madeleine, à Paris, lors de son grand voyage de 1883, et avait fendu la foule pour lui glisser quelques mots — sans jamais oser solliciter son intervention pour la jeune fille. C’est Don Bosco qui prend l’initiative : il lui écrit, l’informe qu’on prie pour Marguerite à Turin, invite la famille à prier Marie Auxiliatrice et promet la guérison. Comment avait-il eu connaissance de l’adresse parisienne et de la maladie ? Mystère. Au troisième jour de la neuvaine, Marguerite parvient à s’alimenter, puis se lève et marche ; au neuvième, elle se rend à l’église pour remercier.

Le songe

don-bosco-marseilleReconnaissante, Madame Pastré propose sa bastide. Don Bosco commence par refuser. Il cherchait pourtant depuis longtemps un domaine où emmener, l’été, les enfants de l’oratoire Saint-Léon qu’il avait fondé à Marseille en 1878. Il avait confié au chanoine Guiol, à l’origine de la venue des salésiens dans la ville, un songe dans lequel il avait vu « cette maison qui est déjà à ma disposition » : deux piliers surmontés de lions de pierre à l’entrée, une allée circulaire de platanes, de nombreux pins, un cours d’eau traversant la propriété, et même des enfants jouant sous un gros chêne. Il avait déjà décliné d’autres offres qui ne correspondaient pas à cette description. Mais Madame Pastré insiste. Don Bosco envoie le père Bologne et le chanoine Guiol sur place : tout y est. Il accepte. Les sœurs montrent encore aujourd’hui le rejeton du chêne sous lequel il aimait prier.

De la villa à l’établissement

Dès l’automne 1883, la villa devient le noviciat des futurs salésiens, et Don Bosco y résidera à plusieurs reprises lors de ses voyages. En 1891, Don Rua confie la propriété aux sœurs salésiennes, qui y établissent à leur tour leur noviciat. L’école naît en 1893 avec quelques enfants, doublée d’un pensionnat pour jeunes filles pauvres. Cette propriété est donc le berceau de la congrégation des sœurs salésiennes de France — elle a abrité aussi durant de longues années la maison provinciale. Les sœurs y font construire une chapelle, inaugurée en 1898.

La villa appartenant toujours à la famille Pastré, elle échappe à la confiscation de 1904 au titre de la loi Combes, certaines sœurs ayant repris des vêtements civils pour éviter l’expulsion. Ce n’est qu’en 1947, à la demande d’héritiers souhaitant clarifier la situation, que les sœurs la rachètent en créant l’« Association Villa Pastré », à laquelle succédera en 1979 la Fondation Salésienne Pastré, toujours présidée par un membre de la famille.

En 1924, les sœurs achètent la propriété voisine dénommée “La Grande Bastide” pour en faire une maison d’accueil, puis un pensionnat et un foyer de jeunes filles. En 1948 est créé officiellement “l’Institut ménager de la Grande Bastide” qui accueille la formation de monitorat d’enseignement ménager (équivalent actuel du B.T.S.) et en 1949, une école d’application avec le C.A.P. Arts Ménagers. En 1969, le monitorat devient le B.T.S. en Economie Sociale et Familiale, en 1970 s’ouvre le B.E.P. Carrières Sanitaires et Sociales, en 1986 la troisième année de Conseiller en Economie Sociale et Familiale, en 1990 le B.E.P. Bioservices, en 1998 le Baccalauréat Sciences Médico-Sociales et en 2002 le B.E.P. Métiers de la Restauration et de l’Hôtellerie.

De son côté, Pastré qui abrite une école maternelle et primaire devient un cours complémentaire dans les années 60, c’est-à-dire qu’un collège se crée par extension de l’école. C’est en 1999 que les deux établissements fusionnent pour devenir l’école, le collège et le lycée Pastré-Grande Bastide.

Les Pastré

Les Pastré sont issus d’une famille de bergers venus du Haut-Languedoc, devenus d’importants armateurs marseillais, avec des affaires en Afrique et notamment à Suez. Mathilde Régny, née à Marseille le 6 avril 1814, était fille de Pierre Aimé Régny et de Marie Madeleine Bernadac ; la famille Régny, établie à Gênes au début du XVIIIe siècle tout en restant française, y avait fondé l’une des plus importantes maisons de commerce et de banque d’Italie. Elle épouse Jean-Joseph Pastré le 19 mars 1833 et en a deux enfants, Aimé né en 1834 et Marie Madeleine Philomène née en 1837 — cette dernière étant la mère de Marguerite.

À ne pas confondre avec la comtesse Lily Pastré (1891-1974), née Marie-Louise Double de Saint-Lambert, Pastré par son mariage de 1918 et d’une tout autre génération : c’est elle qui accueillit Clara Haskil, Youra Guller ou Lily Laskine à la Campagne Pastré de Montredon, dans le 8e arrondissement, pendant la guerre.

Don Bosco

Jean Bosco naît le 16 août 1815, au lendemain des guerres napoléoniennes, dans le hameau des Becchi, à proximité de Turin. Son père, agriculteur, s’appelle François et sa mère Marguerite. Jean est le plus jeune des garçons de la maison, aux côtés de son frère Joseph et de son demi-frère Antoine, né du premier mariage de François. Alors que Jean va avoir vingt et un mois, son père meurt terrassé par une pneumonie. On est pauvre au foyer des Bosco. Marguerite travaille dur avec sa belle-mère infirme, elle a cinq bouches à nourrir. À neuf ans, le jeune Jean fait un rêve dont il parlera toute sa vie. Il y découvre les signes de sa vocation sacerdotale. À quatorze ans, il reçoit du chapelain de son hameau ses premières leçons de latin ainsi qu’une initiation à la vie spirituelle. À vingt ans, il devient interne au séminaire de Chieri. Il est ordonné le 5 juin 1841 à Turin.

L’activité du prêtre Bosco est multiple : il visite les prisonniers, gère un foyer pour les jeunes de la rue, construit des églises, compose et publie des ouvrages catéchétiques, historiques et spirituels pour les jeunes et les adultes de milieux populaires. En 1859, il fonde, avec les jeunes qui vivent chez lui, une congrégation religieuse, “les salésiens”. En 1872 il crée avec Marie-Dominique Mazzarello les sœurs “salésiennes”. En 1876 il suscite une association de laïcs, les “coopérateurs”.

Dès 1875, les salésiens passent les frontières de l’Italie. Ils vont en Amérique du Sud et en France méridionale. Quand Don Bosco meurt à Turin le 31 janvier 1888, sa famille religieuse est déjà florissante. Il sera canonisé par Pie XI en 1934. En janvier 1988, Jean-Paul II le proclamera “Père et Maître de la jeunesse”.

 


SOURCES pastre-grde-bastide.com & don-bosco.net, « Pastré-Grande Bastide : à Marseille, une grande inauguration pour un lieu pas comme les autres ! », article de Jean-François Meurs, avril 2022, avec les remerciements pour Alain Hougardy, qui a signalé une erreur ayant conduit à cette mise à jour.
PHOTOS pastre-grde-bastide.com
A NOTER Ce site est un blog personnel, ces informations sont données à titre indicatif et sont mises à jour aussi souvent que possible. N’hésitez pas à me contacter pour toute correction ou contribution

Avis
Il n'y'a pas encore d'avis, soyez le premier !
Laissez votre avis
VOTRE NOTE:
Dans la même thématique