Cours Lieutaud, Retour en Grâce du Mal Aimé
Cours Lieutaud, 13001 Marseille
«Un tronçon d’avenue, planté d’arbres en alignement, et propice à la promenade» c’est ainsi que le mot “Cours” est défini par le dictionnaire…autant le dire, Lieutaud, débuté en 1789 n’avait jusqu’en 2019 plus rien de révolutionnaire (sauf ses manifs) tant il ressemblait à une autoroute intra-urbaine sans âme, jalonnée de magasins de scooters et quelques arbres rescapés de la grande suppression de 1955 pour passer à 4 voies. De 2019 à 2021 un colossal chantier de réhabilitation signé de l’agence Tangram a enfin été possible grâce à l’arrivée, tant attendue, de la rocade L2…le résultat ? une réduction du nombre de voies, la mise en place d’une piste cyclable d’1 mètre 40 situé sur le trottoir, le retour de la végétation avec 130 arbres plantés et surtout de l’attrait pour ce Cours Lieutaud et ses superbes immeubles Haussmanniens enfin revalorisés. Après deux ans de travaux, le “nouveau” cours Lieutaud à été inauguré le 28 octobre 2021.
Effondrement du pont de la rue d’Aubagne en 1867
Une première voie de 19 mètres est ouverte en 1789 entre la place Castellane au Sud et les portes de Rome et d’Aubagne au Nord, sur des terrains appartenant à un certain Lieutaud, fils d’un riche mercier, placé à la tête de la Garde nationale de Marseille en 1790. Cette voie se superpose à un chemin rural à mi pente, qui surplombe alors l’axe historique (actuelle rue de Rome).
Cette voie est prolongée en 1822 jusqu’au boulevard d’Angoulême (actuel boulevard Louis Salvator), l’une des promenades ouvertes au XVIIIe siècle à l’emplacement des remparts de la ville classique qui ont permis de former, ensuite, les “boulevards extérieurs” entre le Premier Empire et la Monarchie de Juillet.
Le cours vient désormais heurter un palier naturel constitué par les rebords du plateau de la plaine Saint-Michel (actuel cours Julien) et les pentes de la colline Notre-Dame du Mont.
Ce “premier cours” va structurer dès 1836 un lotissement destiné à la bourgeoisie, le lotissement Marengo, dont il constituera l’espace de représentation. Le percement final a lieu en 1864. La réalisation rencontre des difficultés car les Ponts et Chaussées exigent une pente inférieure à 2 % afin que les lourds convois de charrettes tirées par les chevaux puissent l’emprunter et éviter la rue de Rome.
Il est donc décider de « raboter » le point le plus haut et de passer sous la rue Estelle et la rue d’Aubagne.
Le pont de la rue d’Aubagne est construit en béton armé, technique innovante pour l’époque, mais, décoffré trop tôt, il s’effondre le 5 juillet 1867 faisant cinq morts parmi les ouvriers. Il est ensuite reconstruit en acier en 1869.
En février 1955, on tronçonne alors les nombreux platanes présent pour élargir le cours à quatre voies.
Quelques uns des camions encastrés
On compte aujourd’hui deux ponts au dessus du Cours Lieutaud, le premier est emprunté rue d’Aubagne qui enjambe le cours Lieutaud pour rejoindre la place Notre-Dame-du-Mont et le second est une passerelle piétonne entre la rue d’Aubagne et la rue Estelle.
Ceux-ci ont souvent fait la une…en effet de nombreux camionneurs et chauffeurs de bus étourdis y ont encastrés leurs véhicules trop hauts…on compte même parmi eux un convoi de missiles nucléaires !
En 2015 MPM a mis en place un dispositif pour empêcher les camions hors gabarit de venir s’encastrer dans ces arches métalliques. Trois détecteurs à rayon infrarouge repèrent les camions hors gabarit faisant clignoter durant 30 secondes des panneaux très lumineux proposant au chauffeur une voie d’échappatoire. Des rideaux physiques de limite de gabarit ont également été mis en place.
Connu pour ses nombreux garages d’entretien-réparation moto (plus d’une trentaine), le cours Lieutaud abritait en 2015 deux cent locaux commerciaux dont 25 % étaient alors vides.
4 voies avant 2019
Bien que dénommé « cours », la voie est dès sa création avant tout dédiée à la circulation et pas à l’urbanisation : malgré la largeur du cours et les façades hausmanniennes, le cours Lieutaud croise un quartier composé de rues étroites qui rendent difficile la redistribution de l’important trafic qui y circule.
La circulation automobile y est ainsi très dense (jusqu’à 3 880 véhicules comptés chaque jour entre 17h30 et 18h30 et 38 000 sur une journée) et rendue encore plus difficile par le stationnement illégal de nombreux véhicules sur la chaussée.
Depuis 2012 et la piétonnisation d’une partie du Vieux-Port, la circulation a augmenté de 20 %. L’ouverture de la rocade L2 devrait permettre de réduire ce trafic de 10 à 15% selon l’AGAM.
Plus que 2 voies pour les voitures depuis 2020
L’agence marseillaise Tangram a été désignée pour requalifier le cours Lieutaud. L’agence expliquait sur son site internet que le pôle paysage de l’agence, en charge du projet, souhaitait rendre à cet axe sa vocation réelle de cours.
Au-delà de la simple requalification urbaine, aussi qualitative soit-elle, l’objectif était de faire vivre à nouveau le Cours Lieutaud, de lui restituer ses qualité originelles, de le redynamiser comme un axe majeur du centre-ville, et de le rendre accessible et agréable pour chacun…un pari en grande partie réussi !
Le principe premier du projet était de transformer le Cours Lieutaud en une avenue plantée d’arbres d’alignement, incitant à la promenade et révélant ainsi un axe linéaire agréable à l’échelle de la ville.
Le Cours Lieutaud est apaisé par la réduction du profil de voirie, qui permet de partager l’espace de façon plus équitable entre les différents usagers. La répartition des usages sur l’espace public se veut plus juste et plus ordonnée. L’espace gagné sur la voirie est partagé objectivement entre tous les usagers : riverains et commerçants, piétons et cyclistes, motards et automobilistes.
Les éléments de patrimoine jalonnant le Cours Lieutaud ont également été restaurés et mis en valeur tel l’escalier Armand Bédarrides, la charpente métallique de la passerelle de la rue d’Aubagne, la passerelle Estelle, ainsi que l’entrée du métro. Découvrez le projet en détail.
ARCHITECTURE DU COURS LIEUTAUD
Réalisé en trois temps, l’axe Lieutaud présente aujourd’hui des physionomies contrastées. Des immeubles de rapport de la Monarchie de Juillet aux bâtiments Art Moderne des années 1930, des maisons de faubourg aux trois fenêtres marseillais d’inspiration haussmannienne, les typologies classiques côtoient des éléments architecturaux particuliers. La première séquence créée, à l’extrémité Sud vers le boulevard Baille, est bordée d’immeubles de rapport de la Monarchie de Juillet, caractérisés par des porches amples et des modénatures simples. Leurs façades génèrent un front urbain lisse et un axe lisible et harmonieux. Dans la seconde moitié du XIXe siècle, quelques reprises sont venues altérer cette régularité, avec des exhaussements ponctuels ou des remaniements de façades. À l’autre extrémité, près de la Canebière, à l’emplacement des anciennes fortifications (boulevard Garibaldi), les rives urbaines s’apparentent à celles de la Canebière par leur empreinte Second Empire, mais elles présentent encore des traits propres aux quartiers périphériques de la ville classique intra-muros (immeubles de facture simple, de faible hauteur, construits à la fin du XVIIIe siècle).
Ce linéaire hétérogène dans les formes et les volumes est jalonné par 3 ensembles architecturaux ayant joué chacun un rôle majeur dans l’animation du quartier Noailles : le couvent des Bernardines, le Grand Hôtel Noailles, et les anciennes Halles des Capucins (actuelle Gare de l’Est). Entre les deux extrémités, le tronçon intermédiaire s’inspire des opérations parisiennes du Second Empire, notamment par le gabarit (19 mètres de façade à façade et 19 mètres de hauteur), sans en avoir toutefois toutes les caractéristiques. Il présente en effet des caractères locaux : faible extension en façade due à la reprise de la disposition du ̏trois fenêtres˝, rotondes aux angles aigus dépourvues de décor, absence de cours intérieures ou d’espaces de redistribution et de stockage qui particularisent les percées parisiennes…De même, les mansardes aménagées sur les pans de toiture d’ardoise sont en réalité plaquées sur la véritable toiture restée traditionnelle, à faible pente et couverte de tuiles canal.
Lors de la création des grandes percées, la ville a voulu éviter les extravagances et autres disparités susceptibles de nuire à l’unité des rues. Dans cette perspective, un règlement rigoureux relatif aux modénatures fut édicté en 1859. Il rendait obligatoire la continuité des horizontales, des corniches et des bandeaux, des balcons et des toitures, et ce quelle que soit la déclivité du terrain.
En dépit de cela et comme ce fut le cas pour d’autres artères marseillaises, la plus grande diversité a régné dans le traitement des façades de l’axe Lieutaud. Toutes les expressions de l’éclectisme architectural y sont illustrées. Ainsi, si le goût pour les figures, atlantes, caryatides et termes n’y est pas une spécificité, certains de ces ornements y sont remarquables.
Faits et édifices notables
– Marcel Pagnol a vécu dans cette rue (au numéro 17) après le décès de sa mère en 1910.
– Le magasin Au vieux plongeur a été créé au numéro 116 en 1934 et y est resté jusqu’en 2006.
– Au no 14, immeuble haussmannien construit en 1867 (Z. Salin, architecte).
– Au no 25, immeuble haussmannien doté de quatre remarquables cariatides supportant le balcon du 2e étage “les quatre parties du monde”, sculptées par un artiste qui n’a pas signé son œuvre.
– Au no 26, immeuble dit « à loyer » de style art nouveau, construit en 1905 (Charles Héraud, architecte)
PHOTOS ©AMGraphisme pour Tangram & AGAM & Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com & Cartes postales anciennes
A NOTER Ce site est un blog personnel, ces informations sont données à titre indicatif et sont mises à jour aussi souvent que possible. N’hésitez pas à me contacter pour toute correction ou contribution

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