Rue de la République, Rue Impériale, le chantier monumental

Rue de la République, 13002 Marseille
2279
Rue de la République, Rue Impériale, le chantier monumental
Catégorie : Rues Remarquables
Arrondissement : 2ème
Site Internet : republique.biz
Napoléon III avait vu grand…trop grand ? Initialement baptisée Rue Impériale, la Rue de la République a été imaginée afin de réaliser une artère majeure reliant le Vieux Port au nouveau port de marchandises de la Joliette. Inaugurée en 1864 et réalisée dans le délai record de 24 mois le percement de cette voie dans le bâti ancien et dans l’épaisseur de la colline nécessitera la destruction de 935 maisons et la disparition partielle ou totale de 61 rues ! L’un des plus grand chantiers du XIXème siècle changera fondamentalement et violement la physionomie de plusieurs quartiers marseillais, 80 ans avant la destruction du quartier de la Mairie, autre fracture urbanistique et humaine marseillaise. De nos jours la Rue de la Rép arbore de magnifiques devantures haussmanniennes mais souvent des coquilles vides et à leurs pieds des boutiques factices cherchant désespérément des commerçants…Le grand projet de l’empereur peine à séduire malgré quelques frémissements ponctuels et ouvertures d’envergure. 

Le XIXe siècle est pour Marseille le siècle des grands projets et des grandes réalisations. Dès 1840, la ville lance un programme d’immenses chantiers sans précédent dans l’histoire de la cité phocéenne. De 1862 à 1867 la rue Impériale est au centre de ce développement urbain. Cependant la ville manquant de fonds, elle accepte alors une avance de la Société des ports de Marseille appartenant à Jules Mirès. Ce chantier constitue une réalisation exceptionnelle mais dramatique : il s’agit de percer une voie rectiligne, large de vingt-cinq mètres, longue d’un kilomètre et d’abattre 85 000 m² d’immeubles anciens soit 935 maisons et la disparition partielle ou totale de 61 rues ! Le colossal chantier mobilise 2500 ouvriers et utilise les techniques les plus modernes de l’époque :

douze kilomètres de voies ferrées sont installés, quatre locomotives et deux cent cinquante wagons font une navette incessante pour évacuer 800 000 m3 de déblais qui sont utilisés pour remblayer les quais d’Arenc et du Lazaret.

Inauguration de la rue impériale

Le 15 août 1864, la rue Impériale fut inaugurée en présence de Napoléon III. Elle est aménagée avec de superbes habitations de style haussmannien, richement sculptées afin de faire revenir la bourgeoisie marseillaise près du centre-ville. Cependant, peut-être celle-ci n’appréciait-elle pas la proximité du port et les activités portuaires incessantes de cette époque qui vont avec, toujours est-il qu’elle ne s’y installa pas…ce fut un premier flop…d’autres suivront ! En 1871, après la chute du Second Empire, la rue Impériale devient, par arrêté préfectoral, rue de la République. L’artère devenue républicaine a recommencé à faire parler d’elle début 2005, en effet, à la surprise générale des fonds de pension américains (Veuves des Pompiers de Dallas et Caisse de Dépôt du Québec) ainsi que la Société Générale (à 25 %) et la Caisse d’Epargne (à 25 %) ont acheté tour à tour l’ensemble des logements de la rue afin de les rénover.

Un rachat massif qui suscite alors enthousiasme chez certains y voyant un renouveau de la rue et anxiété chez d’autres. En effet, suite à la réalisation d’un projet de rénovation de grande ampleur magnifiant les façades, les populations les plus défavorisées ont laissé la place à des populations plus aisées. Au même moment des fouilles archéologiques sont effectuées entre 2004 et 2006, lors du creusement d’un parking au nord et d’un bassin de stockage avec sa « surverse » vers le Vieux-Port, au sud. Les fouilles ont été réalisées aux deux extrémités car lors du percement de la rue Impériale au xixe siècle, à travers une colline, les travaux avaient détruit la plus grande partie des vestiges. Au nord, on a découvert le caractère agricole du site à l’époque grecque archaïque et au sud avant que la ville n’atteigne ce secteur à l’époque. Le réseau de rues qui se met alors en place, par la suite reste inchangé jusqu’à l’époque moderne.

À l’époque augustéenne, une domus occupe la quasi-totalité d’une insula, l’insula est dans l’Antiquité un quartier quadrangulaire bordé par des rues se coupant à angle droit. Au sud des quais de l’époque romaine, et une fouille a révélé les différentes lignes de rivage jusqu’à l’époque moderne.

Aujourd’hui de nombreuses enseignes nationales et internationales se sont installées de façon pérenne mais beaucoup ont ont tenté leur chance sans succès fermant boutique ! De nombreux emplacement restent encore vides, les fausses vitrines y sont d’ailleurs légion, tel un faux décor de cinéma. Mais de beaux projets et des animations culturelles d’envergure redonnent de temps en temps espoir sur le devenir de la rue de la Rep’. L’ambitieux projet The Babel Community a ainsi ouvert ses portes au n°70 à l’automne 2017, séduisant un public de jeunes actifs avec des studios et T2 loués au mois, dans un superbe lieu hybride qui compte une salle de sport mais aussi deux étages de co-working et un bar-restaurant. Un concept marseillais décliné rue St Ferreol dans les anciennes Galeries Lafayette et ailleurs en France. La célèbre décoratrice d’intérieur Sophie Ferjani, partenaire de Stéphane Plaza sur M6, a ouvert sa boutique au n°45. En 2018 s’est ouvert l’hôtel NH Collection et ses 176 chambres au niveau du n°87.

Un Gifi s’est installé en 2019 au n°13-15 dans un lieu qui 150 ans plus tôt accueillait quelques privilégiés qui pouvaient nager et se faire dorloter ici dans l’un des plus luxueux bains de la ville.

Engagé dans la restauration de la rue de la République, depuis son rachat de l’asset manager Atemi, le groupe Freo estimait en 2018 dans un article du Moniteur avoir quant à lui réussi son pari. “Il a investi près de 100 millions d’euros dans la restructuration de 13 îlots. Dix ans après son entrée en scène, l’opérateur immobilier affiche un taux d’occupation de 90 % des 3 000 m2 de bureaux gardés en propriété. Et sur les 464 logements vendus à la découpe après restructuration (20 000 m2), il ne reste plus que 37 lots à commercialiser (entre 3 500 et 4 500 euros/m2). Pour le reste, il a vendu, en l’état, 275 logements à des investisseurs institutionnels ou des bailleurs sociaux (soit 23 000 m2 au total) et cédé, après restructuration, l’immeuble de bureaux «Haussmann Joliette» dont 2 200 des 3 700 m2 sont aujourd’hui loués l’espace de coworking «I lov’it».” Lire l’article complet.

De leurs côtés une association de commerçants tente de dynamiser l’activité de la rue par des actions et événements culturels comme Marseille 3013 et le site republique.biz.


SOURCES Wikipedia rue de la République & Le Moniteur
PHOTOS Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com & www.republique.biz & Tiia Monto & IngolfBLN & Archives
A NOTER Ce site est un blog personnel, ces informations sont données à titre indicatif et sont mises à jour aussi souvent que possible. N’hésitez pas à me contacter pour toute correction ou contribution

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