Citerne des Moulins, 1852, l’Empire du Côté Obscur

4 rue des Muettes, 13002 Marseille
3869
Citerne des Moulins, 1852, l’Empire du Côté Obscur
Arrondissement : 2ème

Démarrée au Moyen-âge et évoluant au fil des siècles, sa construction autour de 160 piliers fut achevée en 1852. Ce surprenant bassin d’une capacité de 12000 m3 est situé à 35 mètres au-dessus du niveau de la mer, sous la Place des Moulins, qui constitue le point culminant du Panier. Ce lieu très insolite a servi de décor au célèbre clip d’IAM, L’Empire du côté obscur. Très rarement ouvert à cause de soucis de capillarité, le lieu se dévoile quand les planètes sont alignées lors des Journées du Patrimoine ou comme pendant la biennale Manifesta 2020 où l’installation d’Amy Lien & Enzo Camacho “waves move bile” permettait enfin d’y pénétrer !

Citerne des Moulins, Place des Moulins, Le Panier, Marseille

L’entrée de la citerne

Sur des gravures du XVIIe siècle, on dénombre une quinzaine de moulins à vent sur la place, aujourd’hui il n’en reste que trois, malheureusement engloutis dans le bâti urbain. L’utilisation de l’eau comme force motrice va petit à petit obliger les moulins à vent à cesser toute activité. Au milieu du XIXe siècle, la ville fait raser les bâtiments existants afin de créer une place architecturalement homogène. Cet immense réservoir est constitué d’une structure avec petites voûtes en brique reposant sur 160 piliers en pierre de Cassis hauts de 5 mètres et espacés de 4 mètres d’axe en axe dans un sens et 2 mètres dans l’autre. Sur ces voûtes (arcs surbaissés) avait été placée une couche de terre végétale d’environ un mètre d’épaisseur pour intercepter l’action du soleil sur les eaux. Depuis, la surface supérieure a été recouverte de matériaux de voirie utilisés pour l’aménagement de la place des Moulins.

La citerne des Moulins est l’une des cinq construites vers 1850 pour redistribuer dans la ville l’eau de la Durance amenée par le canal de Marseille. Reliées entre elles par un réseau de galeries et de puits, elles ont pour bassin principal celui de Longchamp. La construction de ce bassin, engagée simultanément à celle des bassins de Longchamp et de la colline Bonaparte-Puget, a permis de régulariser le service de l’alimentation en eau de la ville.

Citerne des Moulins, Place des Moulins, Le Panier, Marseille

Manifesta 2020 | Amy Lien & Enzo Camacho “waves move bile”

Ce fonctionnement, initié pendant la première moitié du XIXe siècle, a ensuite été limité après la construction du bassin de Sainte-Marthe sur la dérivation du bassin de Longchamp. La distribution d’eau depuis ce dernier s’effectuait par des conduites en fonte qui, elles-mêmes, acheminaient l’eau au moyen de conduites secondaires branchées sur les conduites principales. Les eaux avaient été filtrées préalablement dans le réservoir à deux niveaux de Longchamp, et depuis l’étage inférieur de ce bassin partait la canalisation des Moulins. Depuis de nombreuses années, on évoque plusieurs projets de mise en valeur de la citerne des Moulins…mais mise à part son ouverture lors de la biennale d’art contemporain Manifesta en 2020, ce lieu secret n’ouvre que sur rendez-vous et lors de très rares Journées Européennes du Patrimoine.

L’installation de Manifesta 13 : une tête coloniale sous le Panier

Commandée par Manifesta 13, l’installation “waves move bile” d’Amy Lien & Enzo Camacho partait d’un monument bien connu des Marseillais : les Colonies d’Asie, sculptées entre 1923 et 1924 par le Provençal Louis Botinelly au pied de l’escalier monumental de la gare Saint-Charles, où une femme nue alanguie parmi les richesses « exotiques » célèbre l’entreprise coloniale européenne. Les deux artistes ont symboliquement décapité ce monument et laissé sa tête tranchée hanter la citerne, sous les traits de l’Ahp : cet esprit féminin du folklore cambodgien, qui hante la région autrefois appelée Indochine française, est représenté comme une tête flottant librement, viscères pendants et lueur gazeuse, se nourrissant la nuit d’immondices et d’eaux croupies avant de rejoindre son corps à l’aube. Les objets-lanternes de l’installation étaient composés de matières organiques collectées par les artistes, notamment des restes de légumes.

La citerne a servi de décor au clip d’IAM pour son single de 1997 L’Empire du côté obscur (voir le clip), réalisé par Florent Emilio Siri. On y aperçoit également le Château d’If. Le morceau tiré de l’album L’École du micro d’argent est un hommage à la saga Star Wars, dont le premier volet, La Guerre des étoiles, a beaucoup marqué les membres du groupe à sa sortie.

C’est aussi une chanson engagée, qui dénonce «un système. Celui dans lequel les gens qui ont fait de grandes écoles se font passer pour des gentils et stigmatisent les grands méchants des banlieues» selon le chanteur Akhenaton.


SOURCES Wikipédia & Culture 13
PHOTOS Dominique Milherou 
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