L’Après M, le fast-food social né d’un McDonald’s

214 chemin de Sainte-Marthe, 13014 Marseille
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L’Après M, le fast-food social né d’un McDonald’s
Arrondissement : 14ème
Site Internet : apresm.org

Le 13 décembre 2019, le McDonald’s de Saint-Barthélemy fermait ses portes après dix-huit mois de bataille judiciaire et une liquidation. Trois mois plus tard, en plein confinement, ses anciens salariés en reprenaient les clés sans autorisation pour y monter la plus grosse base de distribution alimentaire des quartiers nord. Forbes, le New York Times, El País et jusqu’à la presse chinoise ont raconté l’histoire. Six ans plus tard, L’Après M est toujours là — un fast-food social où le burger est signé par un chef triplement étoilé et où chacun paie selon ses moyens — mais son équilibre tient à un fil.

Un McDonald’s pas comme les autres

Ouvert en 1992 au bord du chemin de Sainte-Marthe, le restaurant était bien plus qu’un fast-food pour le quartier : un lieu de vie, de rendez-vous et de premier emploi, dans un secteur où les commerces et les services manquent cruellement. Soixante-dix-sept contrats y étaient rattachés, dont une cinquantaine de CDI à temps plein. Le 14 juin 2018, le franchisé Jean-Pierre Brochiero — associé à parts égales avec McDonald’s France — annonce par courrier que l’établissement sera cédé pour y installer un projet de restauration asiatique halal, et que ses cinq autres restaurants marseillais passeront à un nouveau franchisé. Il invoque 3,3 millions d’euros de pertes depuis 2009, un chiffre que les salariés contestent, notamment au regard des indemnités liées au chantier de la rocade L2. Un cabinet d’expertise comptable juge le projet de reprise à « risque d’échec très élevé ».

Les salariés engagent trois procédures : une plainte au pénal, une action en annulation de la cession et une saisine des prud’hommes. Le 9 août 2018, le tribunal de Marseille suspend la vente des six restaurants. La bataille durera encore seize mois.

La réquisition

Le 13 décembre 2019, la liquidation judiciaire met un point final à l’histoire : le restaurant ferme. Trois mois plus tard, le 17 mars 2020, la France entre en confinement et l’aide sociale institutionnelle se grippe du jour au lendemain dans des quartiers qui en dépendent.

Une semaine après le début du confinement, Salim Grabsi, Kamel Guemari — délégué syndical FO, vingt ans de maison, figure du conflit — et le Syndicat des quartiers populaires de Marseille décident d’une « réquisition populaire » du local. L’avocat des anciens salariés avait demandé une occupation temporaire le temps de la crise sanitaire : la demande n’a pas reçu de réponse favorable. L’occupation se fait donc sans titre.

Fin avril 2020, l’ancien McDo était devenu la plus grosse base logistique alimentaire des quartiers nord : plus de 2 500 paniers préparés en une semaine, 8 000 personnes servies et jusqu’à 13 000 attendues la semaine suivante, 42 structures mobilisées sur 34 quartiers, et environ 70 % des produits issus de dons.

Emmaüs et la Banque alimentaire fournissent l’essentiel, rejoints par des associations de quartier, des centres sociaux, des maraîchers bio, des infirmières, les marins-pompiers puis l’Ordre de Malte. Une cinquantaine d’associations finiront par graviter autour du lieu. José Bové viendra y faire l’apologie d’un endroit qui a, selon lui, « transformé la malbouffe, l’agriculture industrielle en solidarité totale, un symbole fort ».

Le fast social food

En juin 2021, coup de théâtre : la Ville de Marseille rachète les murs à la firme américaine pour 600 000 euros et les loue à l’association, moyennant un loyer mensuel de 2 500 euros. L’occupation devient légale, le projet peut se structurer.

Sur le toit repeint, on installe des ruches. À l’intérieur, on distribue des vêtements et des repas, on monte des abris pour accueillir des sans-abri, on ouvre des ateliers d’insertion, une radio, un ciné-club. Fin 2022, une nouvelle carte voit le jour : burgers végétariens ou non, recettes et ingrédients locaux, prix libre — chacun paie selon ses moyens. La vedette en est l’Ovni, un burger créé pour le lieu par le chef marseillais triplement étoilé Gérald Passedat, et qui reste le plus vendu de la carte.

Un village solidaire a également pris forme, avec des conteneurs installés au rond-point de Sainte-Marthe pour abriter un local d’entraide de proximité.

Un équilibre sur le fil

Le modèle, lui, n’a jamais trouvé son point d’équilibre. En décembre 2023, l’association cherchait 300 000 euros supplémentaires par an pour faire tourner le restaurant, pour environ 800 000 euros de recettes annuelles, avec une vingtaine de personnes en contrats d’insertion partiellement financés par l’État et quelque 700 colis alimentaires distribués chaque lundi — contre plus d’un millier au plus fort de la pandémie. La Région Sud a refusé une subvention de démarrage d’environ 200 000 euros, son président estimant que le modèle économique « n’est pas viable » tant qu’un équilibre ne lui sera pas présenté. Une cagnotte en ligne n’avait alors réuni qu’une dizaine de milliers d’euros sur les 300 000 espérés.

Le lieu tient pourtant, à force de concerts de soutien, de mécénat et de ventes hors les murs. Le 17 octobre 2025, pour la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, L’Après M organisait la troisième édition de sa soirée « Peace, Love and Unity » : conte, repas de la dignité, avant-première du documentaire Laissez-nous les clés de Nassima Bouzeroura et Yacine Helali, puis concert de rap avec IAM, L’Adjoint, Jo Popo, Freeman, DJ Riddle et Lil Saï.


SOURCES L’Après M & Made in Marseille & Le Journal du Dimanche & Unidivers
PHOTOS Dominique Milherou
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