La Compagnie du Fil de Lin

Avenue de la Pointe Rouge, 13008 Marseille
1252
La Compagnie du Fil de Lin
Arrondissement : 8ème
Après l’Armistice de 1918, l’industriel, pacifiste, libertaire et franc-maçon Jean Roumilhac crée sa propre entreprise à Marseille, dans le quartier de La Vieille Chapelle, la Compagnie du Fil de Lin. Bien avant le Front populaire, les quelques 250 employés de la Compagnie bénéficient de toutes les mesures sociales : restaurant d’entreprise, les 40 heures hebdomadaires et les congés payés…une société modèle et un patron-militant de l’économie distributive qui accueillit nombre d’exilés politiques espagnols. Jean Roumilhac meurt dans un accident de voiture le 27 juillet 1949 à Aix-en-Provence, sa compagnie quant à elle vers 1970. Un projet immobilier devrait prendre place sur les derniers vestiges de ce patrimoine industriel marseillais.

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Vestiges de l’usine, avenue de la Pointe Rouge en mai 2016

Né le 2 novembre 1892 à Lavaud-Coutheillas, très jeune à Limoges, Jean Roumilhac fréquente les milieux libertaires. Il fait ensuite des études commerciales à Paris. Il séjourne en Angleterre où il s’initie à la technique des filatures.

De retour en France au moment de la Première Guerre mondiale, il est réformé et profite de ses activités commerciales pour voyager en Espagne où il entre en contact avec les syndicats ouvriers et les groupes anarchistes de Bilbao et de Barcelone.

Après l’Armistice de 1918, il crée donc sa propre entreprise à Marseille, la Compagnie du Fil de Lin. Bien avant le Front populaire, les quelques 250 employés de la Compagnie bénéficient de toutes les mesures sociales : restaurant d’entreprise, les 40 heures hebdomadaires et les congés payés. Il reste fidèle, malgré ses responsabilités patronales, à ses amitiés libertaires.

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Jean Roumilhac


Pendant la révolution sociale espagnole de 1936, il est très actif, tentant de contrer et contourner la politique de non-intervention des démocraties européennes. Il collabore alors étroitement avec les responsables de la Confédération nationale du travail (CNT) et de la Fédération anarchiste ibérique (FAI). Il se rend régulièrement à Barcelone, officiellement pour gérer une filiale.

En 1937, il est le premier président de la section française de Solidarité internationale antifasciste fondée par Louis Lecoin.

Après la retirada et l’internement en France des républicains espagnols, il agit pour en faire libérer le plus grand nombre. Il utilise sa filature au service des anti-franquistes réfugiés dans les Bouches-du-Rhône. Il fournit des certificats, salarie des militants, leur permettant d’obtenir un titre de séjour en France. Il crée des colonies d’accueil pour les enfants.

Il est délégué, à Marseille, du Centre des réfugiés espagnols (organisme créé par décret ministériel du 29 décembre 1938) et du Comité pour l’étude de l’intégration des réfugiés espagnols dans l’agriculture française.

En 1939, il sert de prête-nom pour l’achat du domaine d’Aymare (Gourdon, Lot), où est créée une collectivité anarcho-syndicaliste qui permet, d’extraire du camp du Vernet plusieurs dizaines de militants de la CNT de de la colonne Durruti.

Il contribue au journal de la Confédération générale du travail – Syndicaliste révolutionnaire, Le combat syndicaliste.


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Photo d’époque de l’Anse de la Vieille Chapelle et l’Usine de Lin à gauche

Dès le début de l’occupation allemande, il rejoint le mouvement de résistance Combat. Il collabore avec le Centre Américain de secours aux réfugiés antifascistes de Varian Fry qui œuvre au sauvetage de juifs, intellectuels et militants anti-nazis.

Arrêté en novembre 1941, il est emprisonné à Fort Barraux (Isère). Il en est libéré grâce à un subterfuge. Il parcourt alors la zone occupée pour y créer des groupes de résistance, le plus souvent par l’intermédiaire de ses amis francs-maçons.

Les multiples perquisitions à son domicile marseillais l’obligent à se réfugier dans une petite ville des Alpes, Veynes, alors sous contrôle italien. Il y gère une petite usine textile, Synthesia, tout en poursuivant ses activités au sein du mouvement Combat.

À la Libération de la France, il revient à Marseille vivre au 33 boulevard Maire à la Pointe-Rouge et reprend la direction de la filature ainsi que ses activités de soutien aux exilés politiques. Il devint le premier président départemental de la Solidarité Internationale Antifasciste.

Haut dignitaire du Grand orient de France, il meurt dans un accident de voiture le 27 juillet 1949 à Aix-en-Provence.

La Compagnie du Fil de Lin disparue quant à elle vers 1970. Un projet immobilier devrait prendre place sur les derniers vestiges de ce patrimoine industriel malgré les protestations du mouvement de l’association des Calancoeurs pour sa préservation.


SOURCES Wikipédia & La Marseillaise
PHOTOS Wikipédia & Google Street View & La Marseillaise

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