Le relais de secours de la Croix-Rouge du col de la Gineste et son Saint-Christophe

Col de la Gineste, 13009 Marseille
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Le relais de secours de la Croix-Rouge du col de la Gineste et son Saint-Christophe
Arrondissement : 9ème

Bien avant les téléphones portables, les bornes d’appel d’urgence et l’arrivée rapide des secours, un petit relais de la Croix-Rouge veillait sur les automobilistes au sommet du col de la Gineste. Dans les années 1950, ce poste était même placé sous une protection supplémentaire : celle de Saint Christophe, patron des voyageurs et des automobilistes, dont une petite statue avait été installée dans une niche à proximité.

Le choix de cet emplacement n’avait rien d’anodin. Le col de la Gineste constitue depuis des siècles l’un des passages naturels entre Marseille et Cassis. La route actuelle, la D559, reprend d’ailleurs en partie le tracé d’une voie beaucoup plus ancienne : le Parc national des Calanques évoque une ancienne voie romaine, dont la partie occidentale passait alors plus au sud, par le vallon de Chalabran et Luminy. L’importance du secteur est encore plus ancienne. Les recherches archéologiques attestent une fréquentation antique des environs du col. Une publication archéologique mentionne explicitement le col de la Gineste comme site de passage, situé sur la probable voie reliant Marseille à Cassis. Plus à l’est, des prospections ont notamment identifié un habitat du Ier siècle avant notre ère contrôlant la piste reliant le col à Cassis, avec plus d’une centaine de fragments d’amphores.

En 1954, « Saint-Christophe sauve dix vies par semaine »

L’emplacement de nos jours

Au milieu du XXe siècle, ce rôle de lieu de passage prend une autre dimension avec l’essor spectaculaire de l’automobile. La Gineste est belle, mais sa succession de virages en fait également une route particulièrement accidentogène. Un article de presse de 1954, au titre assez racoleur, « Au col de la Gineste – Saint-Christophe, dans sa niche, sauve dix vies par semaine », raconte le quotidien du relais. Le journaliste explique que le propriétaire du relais avait créé à ses frais un poste de secours de la Croix-Rouge. Il y assurait des permanences avec d’autres secouristes et intervenait sur les nombreux accidents se produisant sur la route. L’article évoque même plus d’une trentaine d’interventions en un mois.

Le récit permet surtout de mesurer les conditions de secours de l’époque. Lorsqu’un accident survenait, les secouristes pouvaient prodiguer les premiers soins mais restaient confrontés à un problème essentiel : prévenir rapidement Marseille et demander une ambulance. Le téléphone était encore loin d’être généralisé et l’installation d’une ligne au col apparaissait alors comme une amélioration particulièrement souhaitable.

À seulement quelques mètres du relais se trouvait un petit oratoire abritant Saint Christophe. Le rapprochement était tout trouvé : traditionnellement protecteur des voyageurs, le saint était également devenu au XXe siècle l’un des protecteurs des automobilistes. L’article de 1954 joue avec humour sur cette proximité entre secours terrestres et protection céleste.

Un poste stratégique sur une route dangereuse

Le dispositif de secours de la Gineste ne disparaît pas avec les années 1950. Des témoignages locaux indiquent que la Croix-Rouge continua d’armer le poste durant les décennies suivantes. Une source consacrée à l’histoire de la route mentionne également la présence du poste de la Croix-Rouge dans les années 1960 et 1970, précisément pour intervenir rapidement sur les nombreux accidents qui se produisaient sur cet axe. Dans les années 1970, le poste aurait disposé d’une ligne téléphonique directe avec le poste de commandement du Bataillon de marins-pompiers, boulevard de Strasbourg. Selon le témoignage d’un ancien connaisseur du dispositif, lorsque l’équipe de la Croix-Rouge prenait son service à la Gineste, elle appelait le PC pour signaler que le poste était opérationnel, puis procédait de même lorsqu’elle quittait les lieux. La Croix-Rouge aurait cessé d’armer régulièrement le poste au début des années 1980.

Sa localisation est en revanche parfaitement entrée dans la mémoire des lieux. Des itinéraires de randonnée contemporains utilisent encore comme point de départ le parking de l’ancien poste de secours de la Croix-Rouge, au col de la Gineste. Des habitués du secteur signalent également que des fondations de l’ancienne installation resteraient visibles. La présence de la petite statue semble également avoir laissé une trace dans la toponymie locale. Selon les témoignages recueillis par les Calancoeurs, le restaurant installé dans le secteur à la même époque aurait pris le nom de Saint-Christophe en référence à cet oratoire.


SOURCES Article de presse « Au col de la Gineste – Saint-Christophe, dans sa niche, sauve dix vies par semaine », 1954 • Parc national des Calanques – La Gineste, Carpiagne, La GardioleMarseille-Sympa – La route de la GinesteMinistère de la Culture – Bilan scientifique régional archéologique 1996Les Randos de Loulou – Massif de Saint-Cyr et ancien poste de secours de la Croix-RougeArchives et témoignages des Calancoeurs
PHOTOS Archives et témoignages des Calancoeurs & Cartes postales & Dominique Milherou
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