Iles du Frioul, le voyage, tout proche

Îles du Frioul, 13007 Marseille
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Iles du Frioul, le voyage, tout proche
Catégorie : Les îles
Arrondissement : 7ème
Si proches de Marseille et pourtant si dépaysantes, éclatantes et passionnantes, les îles, habitées, de l’archipel du Frioul sont situées à 6 km au large de la ville…le plus court des voyages vers l’ailleurs et une partie plus facilement accessible du Parc National des Calanques. Silhouette de calcaire au large de Marseille, l’archipel de 200 ha, un des endroits les plus arides de France, pointe vers la côte les reliefs aigus de ses quatre îles : Pomègues et Ratonneau, If et Tiboulen. Leur formation géologique ancienne est étroitement liée à celle du continent puisqu’il y a 2 millions d’années un isthme les reliait à la terre ! Les îles du Frioul, occupé dès le Néolithique, formaient un des plus grands complexes sanitaires de la Méditerranée et elles ont eu un rôle primordial dans l’organisation défensive de Marseille, ou dans l’attaque contre celle-ci, dès le XVIe siècle. De très nombreux vestiges sanitaires et militaires y sont à découvrir au cœur d’un écrin naturel exceptionnel, le tout dans le 7ème arrondissement de Marseille !

Le Frioul est constitué de quatre îles, Pomègues au sud (2,7 km de long, 89 m d’altitude au maximum), Ratonneau au nord (2,5 km de long, culminant à 86 m), If, à l’est des deux îles principales et sur laquelle est bâtie l’ancienne prison du Château d’If ; cette forteresse aurait abrité Edmond Dantès, le héros imaginaire du roman Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas, l’îlot Tiboulen du Frioul à l’ouest de Ratonneau. Selon le Parc National de Calanques sa toponymie est liée à l’expression Fretum Julii : en latin, « détroit de Jules », parce que Jules César y avait établi son mouillage lors du siège de Marseille, en 49 avant notre ère. Pomègues, l’île la plus au sud (à gauche depuis Marseille), provient de Portus Mes Aigues : « port au milieu des eaux », et Ratonneau, la plus au nord (à droite), de Portus Ratonelli : « port des petits rats (ratons) ».

Une autre explication se réfère au celtique rate, qui signifie « rempart » ou « fort », et qui convient bien à la position naturellement fortifiée de l’île. Les îles Pomègues et Ratonneau sont reliées par la digue Berry, qui a été construite dès 1822 sous Louis XVIII. Elle a été nommée ainsi en souvenir du Duc de Berry, assassiné en 1820 par Louvel. Cette digue a transformé un mouillage forain utilisé depuis les Romains en port véritable. Un service de vedettes relie le Vieux-Port (Quai des Belges) aux îles. Le port de Pomègues-Ratonneau est séparé du Vieux-Port par une distance de 5,9 km, tandis qu’un parcours de 4,4 km est nécessaire pour rejoindre le château d’If.

Une zone historique de quarantaine

En bas l’infirmerie du port de quarantaine

Les îles du Frioul formaient un des plus grands complexes sanitaires de la Méditerrané, autour du port du Frioul et de l’hôpital Caroline. Digue, hangars, citernes, pavillons, bittes d’amarrage directement taillées dans la roche, et même une chapelle, aux allures de temple grec, témoignent aujourd’hui de cette histoire. Par leur position stratégique d’avant-port et leur isolement insulaire, les îles ont très tôt été utilisées pour protéger la cité phocéenne et procéder à la mise en quarantaine des navires susceptibles d’être porteurs de maladies contagieuses (peste, choléra, typhus…). En 1627, l’anse naturelle de Pomègues est choisie à cet effet et tous les navires en provenance de l’Orient doivent dès lors y mouiller avant de pouvoir se diriger vers le port de Marseille. Face à la propagation de la fièvre jaune en Méditerranée, les autorités décident en 1822 de doter l’archipel d’un vrai port de quarantaine. La construction de la digue de Berry, qui relie Pomègues à Ratonneau, est la réalisation centrale de ces travaux d’aménagement. Ce fut un chantier hors du commun : longue de 315 mètres et largue de 32 mètres, elle demandera l’extraction de 650 000 tonnes de pierre prélevée sur les deux îles, ainsi que le travail de 600 ouvriers et 200 chevaux. Pour accompagner la construction des nouveaux équipements portuaires et sanitaires du Frioul, des carrières sont exploitées sur l’archipel dès 1822. Pour loger les centaines d’ouvriers mobilisés, des baraquements sommaires sont construits au bord de la plage de Saint-Estève. Les conditions de travail dans les carrières sont très dures : seize heures de travail quotidien en été et douze en hiver. La Marine nationale interrompt définitivement l’exploitation des carrières en 1878, suite à l’explosion d’une charge ayant provoqué l’écroulement de la pointe sud du fort de Ratonneau.

Histoire du Frioul, essentiellement militaire

Tour du Poméguet

Ces îles, du fait de leur position stratégique en rade de Marseille, en ont constitué pendant longtemps les défenses avancées : chaque éminence porte un fort militaire, et les batteries, tranchées, postes d’observations, parsèment l’ensemble de l’archipel. Dès Henri IV, un fort très important couronne l’île Ratonneau, actuellement totalement enfoui sous les reconstructions successives. Puis ce fut l’île d’If qui est fortifiée et, sous Louis XIV, les fortifications sont étendues à l’ensemble de l’archipel par Vauban. D’autres constructions militaires sont édifiées sous Napoléon. Sous la Troisième République avec le système Séré de Rivières, la majorité des fortifications de l’archipel sont reprises ou édifiées : les forts de Ratonneau et celui de Pomègues, le fort du Brégantin, la Tour du Poméguet, les batteries du cap de Croix, du cap Caveaux, etc. Ces fortifications édifiées entre 1860 et 1900 donnent à l’archipel son paysage actuel. En 1902, l’armée édifie le dernier bâtiment militaire, le sémaphore de Pomègues, qui veille sur la rade pendant 90 ans.

Batterie de Mangue

Pendant la Première Guerre mondiale, des ballons d’observations sont stationnés avant d’être transférés à Gémenos, au quartier des Paluds, en 1923. Au cours de la Seconde Guerre mondiale, et notamment lors de la libération de Marseille, le Frioul connait le feu des armes. L’occupation allemande investit les fortifications de l’île, et les modifie ou complète par la construction de batteries nouvelles, de redoutes, toujours clairement identifiables à ce jour par leur construction en béton armé, dont les batteries de marine du cap Caveau sont un exemple impressionnant. Ces travaux sont menés par le Service du travail obligatoire, pour lequel nombre de Marseillais sont réquisitionnés par les Allemands. Les Alliés s’emploient à bombarder massivement l’archipel, inhabité mais lourdement fortifié, pour détruire ces défenses avancées qui leur entravent l’accès à la ville. Aujourd’hui encore, malgré la végétation sauvage qui a repoussé, les photos aériennes montrent un sol lunaire parsemé de cratères de bombes, surtout à Ratonneau.

Après la guerre, les îles restent terrain militaire. En 1959, un hangar, toujours visible, est construit pour abriter les filets anti-sous-marins destinés à être mouillés devant la rade et le port, installés par la marine sur l’archipel à parti de 1928. Une rampe de mise à l’eau est édifiée sur le quai de Pomègues au sud du plan d’eau. Dans les années 1950 et 1960, jusqu’à quatre escorteurs d’escadre et quatre chasseurs de mines de 1 500 tonnes peuvent être simultanément à quai. L’archipel reste propriété de la Défense nationale et interdit au public jusqu’en 1975, année où le maire Gaston Defferre obtient de la Défense l’autorisation de transformer la rade militaire déclassée en port de plaisance, bordé d’un noyau urbain de 450 logements et quelques commerces et d’une caserne de pompiers.

Un service de navettes maritimes est créé à cette occasion, pour permettre à ces habitants de vivre. Le reste des îles a été cédé à la commune de Marseille par le ministère de la défense à partir de 1995.


Une zone historique de quarantaine

En bas l’infirmerie du port de quarantaine

Les îles du Frioul formaient un des plus grands complexes sanitaires de la Méditerrané, autour du port du Frioul et de l’hôpital Caroline. Digue, hangars, citernes, pavillons, bittes d’amarrage directement taillées dans la roche, et même une chapelle, aux allures de temple grec, témoignent aujourd’hui de cette histoire. Par leur position stratégique d’avant-port et leur isolement insulaire, les îles ont très tôt été utilisées pour protéger la cité phocéenne et procéder à la mise en quarantaine des navires susceptibles d’être porteurs de maladies contagieuses (peste, choléra, typhus…). En 1627, l’anse naturelle de Pomègues est choisie à cet effet et tous les navires en provenance de l’Orient doivent dès lors y mouiller avant de pouvoir se diriger vers le port de Marseille. Face à la propagation de la fièvre jaune en Méditerranée, les autorités décident en 1822 de doter l’archipel d’un vrai port de quarantaine. La construction de la digue de Berry, qui relie Pomègues à Ratonneau, est la réalisation centrale de ces travaux d’aménagement.

Ce fut un chantier hors du commun : longue de 315 mètres et largue de 32 mètres, elle demandera l’extraction de 650 000 tonnes de pierre prélevée sur les deux îles, ainsi que le travail de 600 ouvriers et 200 chevaux. Pour l’accueil des réfugiés arméniens, dans les années 1920, les autorités installent un centre de tri sanitaire sur les îles.


Histoire moderne…et aujourd’hui un quartier

Dès la fin des années 1880, la Compagnie de navigation côtière organise des excursions le dimanche qui permettent aux Marseillais de visiter les îles. Le succès sera si grand qu’elle devra plus tard affréter cinq vapeurs ! Transformée en 1921 en Société côtière et du château d’If, elle est l’ancêtre de la navette maritime d’aujourd’hui. En 1971, une grande partie de l’archipel est cédée par l’armée à la Ville de Marseille. Le développement urbain et économique est alors enclenché. En 1974 est construit un village moderniste, mélange de kasbah et de médina. Il est dessiné par de jeunes architectes marseillais, réunis autour de Josep Lluís Sert, connu pour avoir conçu un musée réputé : la Fondation Maeght. Situé aux portes d’une nature protégé, le hameau abrite une centaine d’habitants, et voit passer chaque année plus de 400 000 visiteurs.

En 2014, la Ville de Marseille cède les 136 hectares d’espaces naturels terrestres au Conservatoire du Littoral qui y exerce une protection foncière. Désormais le site est donc co-géré par la Ville de Marseille, le Conservatoire du Littoral et le Parc national des Calanques. Le Frioul est un quartier de Marseille, administrativement rattaché au 7e arrondissement et au 1er secteur. Les îles du Frioul sont toutes sans voitures et même le vélo y est admis sous contrainte. On y trouve un port de plaisance de plus de 600 places, bordé de constructions bétonnées des années 1970, avec des commerces longeant le port et des habitations au-dessus. Environ une centaine d’habitants vivent à l’année sur ces îles, enfants, adultes ou retraités, ainsi que des plaisanciers vivant sur leurs bateaux. Le Frioul abrite également un centre de vacances de la Fédération Léo-Lagrange, une caserne de marins-pompiers, l’une des stations du service du pilotage de Marseille-Fos, et une ferme marine bio, installée dans l’ancien port de quarantaine de Pomègues, probablement la seule activité économique de production du quartier. Elle a été reconnue première ferme biologique en Europe. Jusqu’en 2017, le festival-atelier musical MIMI avait lieu chaque été dans la cour de l’ancien hôpital Caroline. Ce festival était organisé par l’Association d’Aide aux Musiques Innovatrices, centre de développement des musiques actuelles, installée à la Friche Belle de Mai.

Les services publics sont peu présents : en l’absence de police, d’école, de médecin, les habitants doivent se rendre quotidiennement en ville pour ces besoins. Cet état de fait, et une desserte maritime contestée, créent un certain ressentiment des insulaires à l’égard de leur cité-mère.

Micronations

En juillet 1997, Jean-Claude Mayo, ex propriétaire du fort de Brégantin sur Ratonneau, et quelques amis décident de fonder la République libre du Frioul, une galéjade sous forme de micronation, car « dans notre société, on n’a jamais le droit de faire le con ». Le président, nommé à vie, est Egrégore le Virtuel, tandis que Jean-Claude Mayo en devient le ministre « convoyeur du verbe ». La petite république édite sa propre monnaie, la polymonnaie qui n’a cours légal que dans la république. Cette première République Libre du Frioul est en sommeil aujourd’hui. En 2012 voit le jour la République du Frioul, copié-collé commercial de la République Libre du Frioul. Sa devise est : « Pour l’art et l’insolence, sans insolation ». Des ambassades sont ouvertes partout en France et sur l’île du Frioul. Elle se dote de son drapeau, son blason, sa monnaie, le PAGA, ses ministres, etc. L’objectif de cette deuxième République est de favoriser l’investissement culturel et artistique sur l’île du Frioul.

Environnement

Sur le plan géologique, l’archipel date de l’Urgonien. Semblable en cela aux calanques de Marseille et aux madragues de l’Estaque, il présente des falaises de calcaire blanc stratifié tombant dans la mer. Mais au Frioul, ce paysage a été profondément remanié par l’homme, tant durant l’époque des grands travaux militaires que durant celle des constructions récentes. L’activité militaire a laissé en de nombreux endroits des bâtis éboulés, des gravats et une pollution métallique de munitions lourdes ou légères sur l’ensemble de l’archipel. Sur le plan floristique, on retrouve toutes les espèces endémiques du littoral provençal, ainsi que quelques espèces rares et protégées, propres aux îles de Marseille. La faune est assez pauvre, essentiellement représentée par l’avifaune, en particulier des oiseaux de mer dont la plupart sont rares et protégés. Il n’y a pas de grands mammifères, mais par contre des espèces introduites comme le lapin et le rat, ainsi que de nombreux chats harets. L’archipel est très sec car il y pleut moins qu’à Marseille. Le faible relief des îles et leur étendue déchiquetée expliquent cette pluviométrie déficitaire. Combinée aux vents souvent violents qui peuvent y souffler, cette météo particulière a permis le développement d’un végétation rare avec 13 espèces protégé au niveau national ou régional.

Ces paysages, et la très faible fréquentation humaine durant le XXe siècle, ont évidemment privilégié les oiseaux de mer les plus farouches, parmi les espèces animales qui occupent ce biotope très remanié par l’homme.


SOURCES  Wikipédia Archipel du Frioul & Parc National des Calanques
PHOTOS  Dominique Milherou tourisme-marseille.com & Cartes postales anciennes
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    8 septembre 2021 at 15:10

    Waouh ! Super exposé ! Pour une citoyenne lambda qui n arrive pas a se faire au quartier où elle s'est raccrochée ou plutôt échouée afin de finir son chaotique parcours professionnel...ben une belle plongée dans l histoire...des photos superbes quoique l impression d une multitude de voiliers privés...donne une triste impression du niveau social qu il faut avoir atteints pour oser rêver de pouvoir se poser dans une de ses criques paradisiaques. Et où les bruits infernaux de la ville sont éteints ou profit de la voix de la mer et du souffle du vent dans les herbes. Longue vie aux lézards et oiseaux de bon augure ! Merci. Atoucoeur citoyens

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