Maison Diamantée, Ancien Hôtel Saboulin Bollena, 1570

Rue de la Prison, 13002 Marseille
2250
Maison Diamantée, Ancien Hôtel Saboulin Bollena, 1570
Arrondissement : 2ème

Construite à la fin du XVIe siècle, la Maison Diamantée, « l’Oustau Bigarrado pouncho de diamant » des Provençaux, est avec l’Hôtel de Cabre l’une des plus anciennes demeures de Marseille et le plus vieux bâtiment du patrimoine communal. Classée monument historique depuis 1925, elle doit son nom à sa façade hérissée de bossages taillés en pointes de diamant. Musée du Vieux-Marseille de 1967 à 2009, puis siège de MP2013 et bureaux municipaux, elle a été l’objet d’un long bras de fer entre la Ville et le Comité du Vieux-Marseille. Le 5 octobre 2026, la Ville en est officiellement devenue propriétaire. En échange, elle s’engage à en faire pendant 15 ans un lieu culturel ouvert à tous, consacré à l’histoire et au patrimoine de Marseille. Première étape : une ouverture au public à partir du 27 novembre 2026, avec une exposition de maquettes de la ville et de photos du fonds Detaille.

maison-diamantee-marseille-2Juste derrière l’Hôtel de Ville et le Pavillon Bargemon, la Maison Diamantée est l’un des derniers témoins de l’ancien quartier du Corps de Ville, tourné vers la mer et le négoce. Elle s’élève à deux pas du quai antique, sur des vestiges de demeures grecques, romaines et médiévales, et à l’emplacement des anciens jardins du palais des comtes de Provence. Cela explique sans doute la tradition orale qui en fait le « palais du Bon Roi René ». Bâtie sur un sol instable gorgé d’eau, à quelques mètres du port, elle repose sur un réseau de pilotis.

Une date de naissance qui fait débat

La maison aurait été commandée par de riches marchands d’origine italienne ou espagnole. La version la plus répandue l’attribue à Pierre Gardiolle, négociant d’origine catalane, qui l’aurait fait bâtir en 1570. Des études plus récentes situent plutôt la façade et l’escalier entre 1593 et 1620. Dans cette hypothèse, le commanditaire serait Nicolas de Robbio, contrôleur de l’artillerie d’origine piémontaise.

Une façade militaire… pour la décoration

La Maison Diamantée est un rare exemple de maniérisme provençal, un courant inspiré de l’Italie de la Renaissance qui aime détourner les codes. Les pointes de diamant viennent de l’architecture militaire, où ces bossages servaient à faire dévier les projectiles sur les murailles. Ici, elles deviennent un pur motif d’apparat. À droite de l’entrée actuelle, l’ancienne porte surprend avec son arc en plein cintre coiffé d’un entablement et d’un fronton brisé, orné de cartouches et de volutes. À l’intérieur subsistent le grand escalier à double rampe porté par des colonnes doriques superposées, des plafonds à gypseries (feuillages, bustes, frises à l’antique) et, au premier étage, des plafonds à solives peintes. La façade et l’escalier sont classés monuments historiques depuis le 10 novembre 1925.

Au temps de l’hôtel de Saboulin Bollena

Armoiries des Saboulin Bollena

Armoiries des Saboulin Bollena

La demeure a abrité de grandes familles marseillaises, dont les Castellane-Majastre et les Saboulin Bollena. Ces derniers sont une maison de noblesse provençale ancienne, établie d’abord à Signes, dans le Var, avant de s’installer à Marseille. Pierre de Saboulin Bollena, élu échevin en 1682, fit bâtir en 1694 l’église des Capucins et participa à la fondation de l’Hospice des Incurables. Il finança aussi la restauration du Saint-Sépulcre à Jérusalem. François de Saboulin Bollena, premier échevin en 1702, acquit au début du XVIIIe siècle l’hôtel de Noailles. Il y reçut le maréchal de Villars en 1716 puis Charlotte-Aglaé d’Orléans, duchesse de Modène, en 1720. La famille commerçait avec les Échelles du Levant (Chios, Constantinople, Sidon) et avec le Maroc (Tétouan). Elle fut aussi parmi les premières à armer des expéditions vers les Antilles. Une branche installée à Bayonne compta plusieurs corsaires, dont Michel de Saboulin, parti s’établir en Martinique à la fin du XVIIIe siècle.

Du logis patricien au taudis

Morcelée sous la Révolution, la maison est divisée en logements derrière sa façade commune. Dès le Second Empire, elle accueille des ouvriers du port, puis des familles d’immigrés italiens. Au début du XXe siècle, elle tombe en ruine. En 1914, elle est sauvée par Marie-Rose Gautier-Gondran, figure de la bourgeoisie marseillaise, puis l’association Art et Charité se mobilise pour la racheter au début des années 1920. Classée en 1925, elle échappe en 1943 au dynamitage des vieux quartiers de la rive nord du Vieux-Port ordonné par l’occupant allemand (voir le Mémorial des Déportations).

Le Musée du Vieux-Marseille, 1967-2009

Art et Charité cède la maison au Comité du Vieux-Marseille en 1934. Le don ne devient juridiquement effectif qu’en 1949, guerre oblige. L’association, fondée en 1911, y installe son siège pendant près d’un demi-siècle. En 1962, le Comité décide de donner l’immeuble, ses collections et sa bibliothèque à la Ville. La Ville restaure le bâtiment et le Musée du Vieux-Marseille, jusque-là installé au parc Chanot, y ouvre en 1967. Le transfert de propriété prend effet en 1992, au terme d’un bail emphytéotique, la Ville ayant la charge de faire vivre le musée. Mais le musée ferme en 2009 et il est officiellement supprimé en 2017. Ses collections partent dans les réserves et au Musée d’Histoire de Marseille.

MP2013, bureaux municipaux et bras de fer judiciaire

Après des travaux, la maison accueille l’équipe de Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la culture, puis des agents de la direction de la communication de la Ville. Le Comité du Vieux-Marseille y voit une trahison de l’accord initial et saisit le tribunal administratif en 2020. Une médiation aboutit en 2023 à un accord : les services municipaux quitteront les lieux et la maison retrouvera une vocation culturelle liée à l’histoire et au patrimoine de Marseille.

En septembre 2026, le comité du Vieux Marseille publiait sur ses réseaux “Que va devenir la Maison Diamantée ? Un lieu culturel et ouvert au public et, pendant 15 ans, lié à l’histoire et au patrimoine de Marseille. Le Comité du Vieux-Marseille avait reçu la Maison Diamantée en don de la part de l’association Art et Charité en 1934 et y avait installé le musée du Vieux-Marseille, inauguré en 1967 suite à son départ du parc Chanot. L’association avait décidé de donner le bâtiment et les collections à la Ville de Marseille, suite à un bail emphytéotique, à partir de 1992, à charge de la ville d’assurer la gestion du musée. Or la Ville a fermé le musée en 2009 et l’a supprimé officiellement en 2017, transférant les collections dans les réserves des musées. Aujourd’hui, en actant officiellement ce transfert de propriété, le Comité du Vieux-Marseille fait ainsi un don de plusieurs millions d’euros à la Ville de Marseille à la condition que la Maison Diamantée redevienne un lieu culturel ouvert au public et, pendant 15 ans, lié à l’histoire et au patrimoine de Marseille. Il n’y aura donc plus de services municipaux dans la Maison Diamantée !”

5 octobre 2026, la Maison Diamantée rendue aux Marseillais

Le lundi 5 octobre 2026 à 17h, à l’Hôtel de Ville, Yves Davin, président du Comité du Vieux-Marseille, et Benoît Payan, maire de Marseille, ont signé l’acte notarié. Il entérine le transfert de propriété de la maison et des collections de l’ancien musée. Le Comité chiffre ce don à plusieurs millions d’euros. La condition est inscrite noir sur blanc : pendant 15 ans, la Maison Diamantée doit rester un lieu culturel ouvert au public, dédié à l’histoire et au patrimoine de la ville. Une plaque bilingue, signée des deux hommes et dotée d’un QR code, rappelle désormais cette histoire.

Premier rendez-vous : à partir du 27 novembre 2026, la maison ouvre ses portes au public trois jours d’affilée. Au programme, une exposition de maquettes retraçant l’histoire de la ville et ses sites emblématiques, disparus ou toujours debout. S’y ajoute une seconde version, avec de nouveaux clichés, de l’exposition consacrée aux Detaille, trois générations de photographes marseillais dont la Ville a acquis le fonds en 2021. À terme, la Maison Diamantée doit devenir à la fois un lieu de conservation, d’expositions et d’ateliers autour de la mémoire marseillaise, un lieu intergénérationnel tourné aussi vers la jeunesse. Selon Azad Kazandjian, conseiller municipal délégué au patrimoine historique et culturel, ce sera « une maison culturelle publique vivante, qui doit raconter Marseille d’autrefois ».


SOURCES Ville de Marseille & Made in Marseille 2026 & Made in Marseille 2023 & L’Essentiel Marseille & Marsactu & Base Mérimée & Wikipédia & Comité du Vieux-Marseille
PHOTOS Robert Valette & Guiguilacagouille & Dominique Milherou & illustration de Marguerite Allar, 1930
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