
Figurant dès l’origine parmi les phares importants de Méditerranée, Planier a traversé toute cette histoire, du charbon à la cellule photoélectrique, en passant par l’éclairage à l’huile, dans des tours de plus en plus élevées, puisque l’îlot est occupé par un phare depuis le Moyen Âge. Le phare que nous connaissons est le cinquième et remplace celui de 1881, détruit par les Allemands en août 1944. Situé à 15 km de Marseille, sur l’île de Planier, il est classé au titre des Monuments historiques par arrêté du 13 septembre 2012, qui annule une inscription de 2002 et protège le phare, ses annexes et l’île tout entière. Le débarquement sur l’île est aujourd’hui interdit.
L’objectif de la signalisation maritime consiste depuis l’origine à créer des routes maritimes fiables, balisées par des établissements toujours plus visibles, afin de guider une navigation de plus en plus importante. Les récifs, à peine immergés, qui entourent l’îlot ont été à l’origine de nombreux naufrages. L’îlot est en effet réputé auprès des plongeurs pour ses fonds marins et ses épaves, notamment le Dalton, un cargo anglais lancé à Stockton en 1877 et échoué sur les rochers le 19 février 1928 vers 2 h 10, le Chaouen, un cargo de nationalité marocaine échoué le 21 février 1970, et un Messerschmitt Bf 109, un avion de chasse abattu le 7 mars 1944. L’important trafic maritime de Marseille imposera la construction de phares toujours plus hauts dans cette zone. Dès 1320, Robert d’Anjou fit bâtir une tour à feu. En 1774, une tour cylindrique en pierres de 5,85 m de diamètre et de 9 m est reconstruite (élévation de 13 m au-dessus de la mer). Le feu de bois est remplacé par un feu réverbère de 14 lampes à huile (Tourtille-Sangrain).
Si l’histoire des phares se confond avec celle de la navigation, ce n’est qu’à la fin du XVIIe siècle que la France et l’Angleterre se distinguent dans la construction des phares.
Parmi les grandes dates de l’histoire française des phares figure la création, sous Napoléon Ier, de la Commission des phares, où l’ingénieur Augustin Fresnel entre en 1819 et dont il devient le secrétaire en 1824. Le service des Phares et Balises est toujours en charge des 148 phares français. En 1825 est lancé un vaste programme d’éclairage des côtes de France. En 1829, le phare est remplacé par une autre tour cylindrique en pierre de taille de 36 m de hauteur (40 m au-dessus de la mer). C’est un feu de premier ordre à éclats longs blancs toutes les 30 secondes, équipé d’une lentille de Fresnel — l’ingénieur, mort deux ans plus tôt, n’aura jamais vu son invention tourner au Planier. En 1881, il est de nouveau remplacé par une nouvelle tour cylindrique en pierre de taille de 59 m de hauteur (63 m au-dessus de la mer). C’est un feu électrique, 3 éclats blancs séparés par un éclat rouge.
Cette nouvelle tour électrique rendra l’édifice visible à 40 kilomètres.
Ce troisième phare fut détruit en août 1944 par les troupes allemandes, afin de ralentir le débarquement de Provence. En 1945, un feu provisoire est installé sur un pylône. Une partie des 170 phares démolis ou gravement endommagés pendant la guerre sera reconstruite à l’identique. Mais la reconstitution du réseau est aussi l’occasion de mettre en œuvre une nouvelle génération d’édifices, pour lesquels les ingénieurs sollicitent volontiers le concours des architectes et privilégient les reconstructions en béton. Le cabinet Arbus et Crillon engage au contraire, à partir de 1947, une construction en pierre de taille sur structure béton du phare et de ses annexes. En même temps est construite une résidence destinée aux gardiens du phare et à leurs familles. Allumé le 25 août 1959, le phare de Planier coûta 576 millions de francs de l’époque. Il fut financé sur les crédits du plan Marshall ; le chantier, jugé trop coûteux, demeura inachevé.
L’ensemble se compose du phare proprement dit, haute tour-colonne de 66,37 m culminant à 71 m au-dessus de la mer, et de bâtiments annexes qui se caractérisent par leur élévation ordonnancée et par la mise en œuvre très soignée de leur maçonnerie en pierre appareillée. Sur le plan technique, l’actuel phare de Planier n’est pas le plus remarquable. En revanche, le choix du matériau, d’une architecture à la fois éclectique et « néo-visionnaire », la mise en scène du phare et plus encore de ses annexes, comme une place ordonnancée au milieu de la mer, produisent un ensemble monumental tout à fait spectaculaire. Cet engagement des architectes, à contre-courant de la modernité de l’époque, manifeste une volonté de se situer dans l’esprit des grands projets marseillais, réalisés ou pas, des places de Puget aux abords de la cathédrale, en passant par le Frioul.
Premier contact avec Marseille pour quiconque arrivait du large, cet édifice emblématique bénéficie de l’attachement des Marseillais, des « gens de mer » et du monde de l’art. C’est le seul phare en activité protégé comme monument historique sur la côte méditerranéenne française.
Phare actuel
Le phare du Planier est une tour cylindrique en pierre de taille avec une plateforme carrée portant la lanterne. De grands bâtiments annexes, sur deux niveaux, abritent les logements de gardiennage et les locaux techniques. Il dispose d’une ancienne sirène à 3 cornets. Depuis août 1959, c’est un feu à éclat blanc toutes les 5 secondes, d’une portée de 23 milles. À l’occasion des 30 ans de l’émission Thalassa, le phare est mis à l’honneur parmi 30 autres et Florence Arthaud en était marraine. Après l’automatisation du phare en 1986 et le départ des gardiens — les derniers quittent l’île fin 1991 —, l’île abrite une auberge et un centre de plongée, ouverts en 1992 par Eric Savarino et Aimé Bergero. En 2004, les Affaires maritimes font toutefois fermer ces activités. Les bâtiments de l’île sont depuis à l’abandon, malgré plusieurs projets comme l’ouverture d’une maison d’artistes, d’un hôtel ou d’un nouveau centre de plongée.
Plaque hommage à J.F Zaouter mort au Planier
Dans le cadre d’une action de prévention et de préservation de la qualité du milieu maritime, une opération conjointe des services de l’État a été initiée sur l’îlot de Planier au mois d’août 2017 et s’est terminée fin septembre 2017. Bien qu’inoccupé depuis de nombreuses années, ce site conservait de nombreux vestiges de son occupation avec, en particulier, des installations et déchets pouvant présenter un risque de pollution. Ainsi, l’ensemble des cuves, réservoirs et autres récipients contenant des produits dangereux comme des hydrocarbures, huiles de vidange, batteries et bouteilles de gaz ont fait l’objet d’un traitement spécifique.
Avec le concours de la Direction Inter Régionale de la Méditerranée (Phares et Balises) et du Parc National des Calanques, la DDTM13 a effectué au préalable une reconnaissance qui a permis d’établir que la majeure partie des contenants se trouvait dans un état dégradé, susceptible de présenter à terme des risques de fuite.
Face au risque de pollution accidentelle et d’atteinte à la qualité des milieux marins, la DDTM13 a mandaté une entreprise spécialisée pour l’enlèvement de l’ensemble des produits dangereux (batteries, bouteilles de gaz) et une dépollution préventive consistant à vidanger les fluides polluants encore présents sur l’îlot. Le transfert des fluides s’est opéré vers un navire par pompage gravitaire, pour être ensuite réacheminé vers des centres agréés de traitement des déchets dangereux.
Quantité de déchets évacués :
– 5 bouteilles de gaz,
– 24 batteries, soit 250 kg
– 721 litres d’huile de vidange, soit 620 kg
– 3 750 litres d’hydrocarbures, soit 3 300 kg.
Et depuis ?
En juillet 2019, des salariés de la CMA CGM sont venus nettoyer l’île et le phare, opération que l’armateur a présentée comme la « première initiative d’un partenariat noué » avec le Parc national des Calanques. Rien n’a été signé depuis, aucun projet de restauration n’a été chiffré, et le président du Parc prévenait dès l’origine que le site pourrait un jour accueillir des visites scolaires mais ne serait jamais ouvert au grand public. Sept ans plus tard, les bâtiments d’Arbus et Crillon continuent de se dégrader face au large.

































