
Fondé en 1978 par Thích Thiên Dinh, un moine bouddhiste vietnamien, ce surprenant lieu de culte et son école spirituelle, bordant le Canal de Marseille et la Cité de la Savine, organisent notamment des cérémonies et des repas végétariens ouverts à tous. C’est le plus grand temple vietnamien de Marseille, devant la toute aussi improbable Pagode Truc Lam Thien Vien, nichée dans les collines du 11e arrondissement.
Ici sont accueillis tous ceux qui, quelle que soit leur confession, souhaitent suivre l’enseignement bouddhiste de la « Terre Pure ». Il est essentiellement basé sur la foi, la dévotion et la pratique de la récitation du nom du bouddha Amitābha (niệm Phật), avec pour objectif d’accéder après cette vie à la terre du bouddha (bouddhakshetra) d’Amitābha, où la lumière, la longévité et le bonheur sont tous infinis. L’édifice comprend un logement, une cour clôturée, son bassin de lotus, son grand gong, sa cloche de bronze et des sculptures cultuelles monumentales du Bouddha : un grand Bouddha doré posé sur un promontoire, visible depuis l’autoroute, et un Bouddha couché représentant son entrée dans le Nirvana.
On y trouve également le mausolée dédié au fondateur des lieux, Thích Thiên Dinh. Ouvert du lundi au vendredi, de 9h à 17h.
Déjeuner à la Pagode
Chaque premier dimanche du mois, la communauté vietnamienne de Marseille s’y rassemble pour une prière et un déjeuner végétarien. Les non-bouddhistes y sont les bienvenus.
Autour de grandes tablées familiales, vous pourrez y déguster, selon les créations du jour, des rouleaux de printemps, un sauté de tofu aux légumes ou encore des aubergines fondantes…
Le repas se déroule à 12h tous les premiers dimanches du mois, pour un prix, aux dernières nouvelles, d’environ 10 € par personne. Réservation et informations au 04 91 51 68 10.
Comment les Vietnamiens sont arrivés à Marseille
Longtemps terminus des paquebots des Messageries Maritimes venus d’Indochine, Marseille fut la « porte de l’Orient » : c’est ici que débarquaient étudiants, marins et commerçants annamites, tonkinois et cochinchinois. Mais la véritable arrivée en nombre fut tout sauf volontaire. Un arrêté du 29 août 1939 ouvre le droit de réquisition sur tout le territoire indochinois : avant la défaite de mai-juin 1940, quelque 27 000 Indochinois sont embarqués pour la métropole, dont 20 000 travailleurs requis — les « ONS », ouvriers non spécialisés — et 7 000 tirailleurs. Presque tous sont de pauvres paysans du Tonkin et de l’Annam, raflés dans leurs villages pour soutenir l’effort de guerre dans les poudreries françaises.
Selon l’historien et journaliste Pierre Daum, auteur d’Immigrés de force, ce sont vingt mille travailleurs vietnamiens qui sont passés par Marseille entre 1939 et 1952. Ils y furent internés aux Baumettes, à Mazargues et à la Cayolle.
Bloqués en France par la défaite, ils y resteront toute la durée de Vichy et de l’Occupation, sans salaire et sous statut militaire. Plusieurs milliers sont envoyés en Camargue, où on leur fait relancer la riziculture : en 2004, c’est une photographie de 1942 découverte au musée du riz d’Arles, montrant des paysans vietnamiens repiquant le riz, qui mettra Pierre Daum sur la piste de cette histoire oubliée. Les rapatriements ne s’achèveront qu’en 1952, et un millier d’entre eux choisiront de rester. La deuxième vague arrive par le même quai. Après la défaite de Diên Biên Phu et les accords de Genève de 1954, les rapatriés d’Indochine — Français, Eurasiens, épouses vietnamiennes et leurs enfants — embarquent à Saïgon pour Marseille. Dès septembre 1955, un navire y est attendu avec 267 rapatriés civils, et les convois se succèdent. Beaucoup passent quelques semaines à l’hôtel ou dans les camps de transit du Sud avant d’être dirigés vers le centre d’accueil de Sainte-Livrade-sur-Lot, le futur CAFI, où près de 3 000 personnes transiteront jusqu’en 1968.
La troisième vague est celle des boat people. Entre le début des années 1970 et la fin des années 1980, la France accueille légalement 128 531 ressortissants de l’ancienne Indochine, dont 47 356 Cambodgiens. Le transit obligatoire passait par quatre foyers parisiens, mais une part d’entre eux rejoignit une communauté vietnamienne déjà installée à Marseille, l’une des plus anciennes et des plus importantes de France.
Le bouddhisme à Marseille
Arrivé en France dans les années 1960 avec la vague d’immigration asiatique, le bouddhisme a bénéficié à Marseille, ville de mixité ethnique et religieuse, « d’un accueil plus tolérant que dans le reste du pays », note Philippe Ronce, auteur du Guide des centres bouddhistes de France. Les Vietnamiens constituent le plus gros vivier du bouddhisme à Marseille et dirigent trois des quatre pagodes, la dernière étant cambodgienne. En plus des lieux de culte traditionnels, on dénombre aujourd’hui six centres bouddhistes gérés par des occidentaux. L’Union bouddhiste de France estimait, au milieu des années 2000, à 6 000 le nombre de pratiquants à Marseille. Le bouddhisme vietnamien est la forme de bouddhisme la plus répandue en France aujourd’hui… mais aussi la plus méconnue des Français. Le bouddhisme vietnamien se présente essentiellement sous deux formes : la forme traditionnelle, liée à la population émigrée de l’ancienne Indochine, et une forme « moderne » représentée par le maître contemporain Thích Nhất Hạnh. La forme traditionnelle est présente à travers une trentaine de pagodes, dont la plus ancienne est la « pagode de Fréjus, Hông Hiên Tu », plus ancien monument bouddhique de France et d’Europe, construite en 1917 en l’honneur des « soldats annamites morts pour la France ».
Tết Nguyên Đán, plus généralement appelé Tết, est le nouvel an vietnamien. C’est incontestablement la fête la plus importante et la plus populaire du calendrier vietnamien : elle marque le début de l’année et apporte le renouveau. La Pagode de Phap Hoa célèbre l’événement.


