
Au pied du Mont Rose et sur la zone de l’actuel gymnase se trouvaient fin 19ème, début 20ème les fours et l’usine de soude de la Manufacture des Glaces et Produits Chimiques de Saint-Gobain. C’est en 1974 qu’est réalisé le plateau sportif et les déblais auraient été poussés sur les derniers vestiges des fours. Le premier bâtiment sur la route des Goudes en arrivant à Samena serait l’ancien site de dépôts de minerais.
Fondée en 1665 sous le règne de Louis XIV à l’initiative de Colbert, Saint-Gobain est l’une des plus anciennes entreprises industrielles françaises encore en activité. À l’origine dédiée à la fabrication de glaces et de miroirs destinés aux grandes demeures royales, la Manufacture royale des glaces devient au fil des siècles un acteur majeur de la révolution industrielle.
Au XIXᵉ siècle, l’entreprise se transforme profondément : elle s’industrialise, se structure en société anonyme et diversifie ses activités en intégrant une branche chimique essentielle à la production du verre, donnant naissance à la Manufacture des Glaces et Produits Chimiques de Saint-Gobain.
Dans ce contexte d’essor industriel, Marseille s’impose comme un site stratégique. Port majeur de la Méditerranée, la ville offre un accès direct aux matières premières, aux flux commerciaux et à l’énergie. À partir du début du XIXᵉ siècle, les activités industrielles les plus polluantes sont volontairement implantées hors du centre urbain, le long du littoral sud, dans des secteurs alors peu habités.
C’est ainsi que Calanque de Samena devient un important site industriel. Dès 1810, on y installe des usines de soude, produit chimique indispensable à la fabrication du savon de Marseille, mais aussi du verre. La calanque accueille successivement plusieurs établissements liés à la chimie lourde et à la métallurgie. Parmi eux figure la Manufacture des Glaces et Produits Chimiques Saint-Gobain, qui exploite sur place des installations rattachées à sa branche chimique.
À Samena, Saint-Gobain s’inscrit dans un complexe industriel dense, aux côtés d’usines de plomb, de soufre et d’autres produits chimiques. Les procédés utilisés à l’époque – notamment ceux liés à la production de soude artificielle – sont extrêmement polluants. Les déchets sont rejetés sans traitement, parfois directement dans le sol ou la mer, laissant une empreinte durable sur le paysage et l’environnement. Si les installations ferment progressivement à la fin du XIXᵉ et au début du XXᵉ siècle, leurs conséquences perdurent. Les sols et fonds marins autour de Samena et des calanques voisines conservent des traces de pollution aux métaux lourds, aujourd’hui encore étudiées et surveillées par les autorités environnementales et le Parc national des Calanques.
Avec la disparition des usines, Samena entame une lente reconversion. Le site, autrefois symbole de l’industrialisation marseillaise, devient progressivement un espace de loisirs, puis un territoire protégé avec la création du Parc national des Calanques en 2012. Les bâtiments industriels ont pour la plupart disparu, mais l’histoire de ce lieu reste inscrite dans le paysage, les archives et la mémoire locale.


