
C’est au pied de l’ancienne minoterie-semoulerie Saint-Théodore, fondée en 1886 par Nicolas Esprit, ancien propriétaire du château de la Médaille tout proche, que commence cette étonnante déambulation le long de la rivière du Jarret dans le quartier de la Rose.
Ce cours d’eau prenant sa source dans les collines d’Allauch est méconnu, et pour cause : une grande partie fut recouverte par Gaston Defferre afin de devenir l’un des principaux axes de circulation de la ville. Ici, dans les quartiers de la Rose, de la Croix Rouge ou encore de la Bégude, ses eaux étaient dérivées afin d’alimenter domaines bastidaires, cultures maraîchères et horticoles, laiteries, porcheries, biscuiteries, ou encore cette grande manufacture marquant notre point de départ. On y produisait de la farine de blé, de la semoule, des pâtes, avant sa fermeture en 1970 et sa reconversion en centre communautaire juif. Dès les premiers pas sur cette voie remontant le cours sauvage de la petite rivière, c’est surpris par la clarté des eaux poissonneuses, ombragées par une riche végétation, le tout à quelques encablures d’un milieu urbain très dense et de vastes cités bâties à la fin des années 50. Le chemin bucolique parsemé de mûriers et d’arbres centenaires alterne entre une nature préservée et foisonnante au printemps, parsemée malheureusement de quelques déchets.
Mais ce cadre paradoxal à la marseillaise mérite amplement une exploration en attendant un vaste projet de réhabilitation s’échelonnant de 2023 à 2027. Entre les branches se dessinent la bastide la Soleam, devenue maison de retraite, celle de la Ravelle, fief actuel d’une caserne de CRS, ou encore la silhouette de l’église Saint-Patrice, fondée en 1861. Pénétrant au cœur du parc de la Ravelle, le Jarret offre encore d’autres vestiges de son passé industriel sous la forme de mystérieuses machineries rouillées.
En remontant la colline du parc, vers le lotissement de Campagne Haute, l’exploration se termine par un superbe panorama sur l’ensemble de la chaîne de l’Étoile avant de déboucher sur la rue Paul-Preboist, hommage à l’éternel imbécile heureux du cinéma français des années 60-70.


