
Le 21 juillet 1876, un skating-rink brillamment illuminé ouvre ses portes à l’entrée du Parc Borély. Sa piste fera tourner les Marseillais sur patins à roulettes pendant près d’un siècle, entre courses, valses, bals masqués et thés dansants. Son nom survit encore aujourd’hui dans l’enseigne d’une brasserie.
Dans les années 1870, une véritable folie du patin à roulettes gagne l’Europe. Partout ouvrent des « skating-rinks », de grandes salles couvertes où la bonne société vient patiner en musique. Marseille n’échappe pas à la vogue. Le Skating-Ring du Parc Borély est inauguré le 21 juillet 1876 à 21 heures, à deux pas du château Borély et du tout jeune [parc public] aménagé par Alphand. Quelques semaines plus tard, Le Petit Marseillais du 16 août 1876 décrit l’ambiance : « Tous les soirs, un public élégant se presse dans le local du Skating-Ring, situé sur l’avenue du Prado, près du château Borély. L’installation de ce lieu de plaisir ne laisse rien à désirer, et les amateurs d’un divertissement, qui jouit aujourd’hui d’une grande vogue, peuvent s’y livrer tout à leur aise et dans les meilleures conditions possibles. »
La plupart des skating-rinks français ferment quelques années après l’engouement initial. Celui de Borély fait exception. En 1885, il est exploité par un certain Casimir Gérin, qui tient aussi le café de la Cascade sur la Canebière ; la presse le situe alors « avenue du Prado 2e ligne, angle avenue du Château-Borély ». On y patine toujours en 1889. En 1891, l’allée qui y mène est même appelée « allée du Skating ». En 1905, des concerts sont donnés dans son jardin chaque fin d’après-midi.
Vers 1910, une seconde vague du patin à roulettes relance l’établissement. Le Petit Marseillais présente le Grand Skating Borély comme la meilleure piste de la ville et le rendez-vous de la haute société, avec orchestre de premier ordre. Il est alors ouvert tous les soirs jusqu’à minuit et doit composer avec ses concurrents, le Modern Skating du rond-point du Prado et l’American Park. Le 31 mai 1919, le Skating-Club de Marseille y organise sa course du Patin d’Or, clin d’œil à la célèbre course de 24 heures disputée au Vélodrome d’Hiver de Paris. À Marseille, elle ne dure que 30 minutes. Le vainqueur remporte un patin en or, et le record régional à battre est de 13,2 km. Suivent une course interclubs en octobre 1919, un bal masqué en février 1920, puis un concours de valse sur patins en juillet 1920, sur une piste entièrement refaite à neuf.
Au milieu des années 1920, la danse prend le pas sur le patin : en 1924, le Skating Borély fait sa publicité pour ses thés dansants quotidiens avec l’orchestre Selecta et ses matinées dansantes du dimanche, « tenue correcte de rigueur ». Le 6 octobre 1925 au matin, un incendie ravage en partie le bâtiment ; les voisins doivent fuir par les fenêtres et les toits. Les dégâts se chiffrent à 300 000 francs. La veuve Bec, propriétaire, fait reconstruire, et le Skating-Dancing Borély rouvre en septembre 1926. On n’abandonne pas pour autant les roulettes : la presse mentionne encore des patineurs sur la terrasse du Skating en 1936. Les souvenirs des Marseillais prennent ensuite le relais. Une internaute, native de la Pointe-Rouge, y allait souvent patiner pendant son adolescence dans les années 1950. Elle se souvient d’une piste juste à droite en entrant dans le parc, où l’on tournait en musique. Dans les années 1980, l’établissement fonctionnait aussi comme restaurant.
Et aujourd’hui ? La piste a disparu, mais le nom est resté. Au 18, avenue du Parc Borély, à l’entrée du parc, la brasserie « Les Terrasses du Skating » (société créée en 2002) perpétue le souvenir de ce lieu de plaisir de la Belle Époque. E, pour la glisse d’aujourd’hui direction le Palais Omnisports Marseille Grand Est.


