Château & Campagne Berger, Comme un Parfum d’Absinthe et de Pastis

Résidence Campagne Berger, 13009 Marseille
3880
Château & Campagne Berger, Comme un Parfum d’Absinthe et de Pastis
Catégorie : Lieux historiques / Bastides
Arrondissement : 9ème

Ce très beau parc public surplombe un élégant château à quatre tourelles couleur crème. Les premiers propriétaires du domaine furent Antoine et Joseph Ricard mais pas encore de lien ici avec le Pastis. Le terrain sera ensuite la propriété en 1839 d’Alexandre Brun et d’Augustin Rolland, 8 ans plus tard en 1847. Prosper Victor Maurel fait construire le château qui sera achevé en 1862. Il aurait ensuite appartenu plus de trente ans à la famille Vagliano qui y aurait apposé un “V” toujours visible. La demeure est rachetée en 1907 par la famille Berger, distillateurs d’anis et héritiers de la sulfureuse absinthe Berger, née en 1830. Dans les années 1950, la campagne Berger deviendra une maison de repos. C’est aujourd’hui une résidence privée.

L’histoire de cette fortune commence en Suisse. C’est Charles-Frédéric Berger — le “C.F.” des étiquettes — qui, après avoir été voyageur de commerce pour la maison Édouard Pernod, installe sa propre distillerie en 1830 à Couvet, dans le canton de Neuchâtel, berceau de l’absinthe, la fameuse fée verte très prisée notamment par Verlaine et Rimbaud. Son élixir a été lancé en 1830 dans le Val-de-Travers, mais tout de suite il a dû faire face à la fronde des ligues de tempérance et de distillateurs alémaniques, qui dénonçaient la toxicité de cette boisson qui titrait tout de même 60 degrés d’alcool ! La Maison Berger n’en devient pas moins la plus prospère du Val-de-Travers : médaille d’honneur à Philadelphie en 1876, médaille d’or à Tunis en 1888.

Ce sont ses deux fils, Charles-Guillaume et Claude Berger, qui partent en 1878 tenter l’aventure française. Non par crainte d’une prohibition encore lointaine, mais parce que la Suisse et le Jura français sont saturés de distilleries — et parce qu’une implantation à Marseille facilite les exportations vers l’Algérie tout en échappant aux droits de douane sur l’absinthe importée de Suisse. Ils continuent pourtant de diriger Couvet jusqu’à l’interdiction suisse, entrée en vigueur le 7 octobre 1910. Ils s’installent à Marseille 15 rue de l’Obélisque (rue Louis Maurel 6ème), puis au 184 boulevard National dans le 3ème, où le nom de l’établissement est encore gravé dans la pierre — le site abrite aujourd’hui le bureau de poste National. Une succursale ouvre à Buenos Aires en 1900 ; à cette date, Claude Berger reste seul à la tête de l’affaire, qui devient les Établissements Claude Berger & Cie. C’est donc lui, et non son père mort depuis longtemps, qui prend possession de la Campagne Berger en 1907.

Son absinthe, interdite en France en 1915, évoluera au début des années 1920, à la faveur de la loi de 1922 qui réautorise les anisés, en un nouveau spiritueux, fabriqué dans sa nouvelle fabrique du 3 bd Louis Villecroze, pas encore baptisé pastis, cette fois ci légal et toujours anisé, qui fera la fortune de la marque. C’est de ces années que date la formule fameuse : “Midi… 7 heures… l’heure du Berger”. Le pastis Berger Blanc sera lancé dès 1933, un an après la création d’un certain Paul Ricard âgé de 23 ans l’inventeur du terme pastis. Une version jaune du Pastis Berger sortira en 1947.

Quant au château il est toujours privé et en parfait état de conservation. Il peut être admiré sur les hauteurs de ce très intéressant parc public. Sur ces terres on trouve les vestiges du mur d’enceinte du domaine, d’anciennes tourelles et vigies, également un kiosque avec un étonnant toit aux mosaïques multicolores et les ruines d’un bunker allemand, en effet ce site offre une vue vraiment spectaculaire sur Marseille et la Méditerranée mais aussi sur un autre château, celui de la Panouse, en contrebas, construit autour de 1870 pour le négociant-huilier Joseph Rocca, de cette famille dont la maison Rocca, Tassy & de Roux lancera en 1896 la célèbre Végétaline. On aperçoit également l’établissement scolaire Pastré Grande Bastide, né en 1893 sur la propriété que madame Pastré avait léguée dix ans plus tôt à Don Bosco, le fondateur de la congrégation des salésiens, qui l’avait rêvée en songe — le saint piémontais, mort en 1888, n’aura pas vu l’école ouvrir. On confond parfois la Campagne Berger et sa bâtisse avec le Château Berger qui lui est situé sur la corniche près du marégraphe. D’abord nommée La Villa Castellamar elle fut construite vers 1860 pour le Baron Houitte de la Chesnaye dans le style renaissance du Château de Chambord. Elle devint ensuite la propriété des marseillais Gassier, repreneurs en 1923 des Pastis Berger et fut ainsi rebaptisée « Château Berger ». On y trouvait les services de la direction générale de Berger et sa Fondation pour la sauvegarde de la nature. Ils quitteront en 1972 la corniche pour la Seine-et-Marne laissant le château au noviciat des sœurs salésiennes de Don Bosco.

Aujourd’hui, le château Berger abrite les Thermes Marins de Marseille, sous le nom de Château Promicea : transformé en centre de thalassothérapie dans les années 2000, il a été repris en 2018 par la famille Bouchard et a rouvert en 2025 après un an de travaux. La marque Berger, elle, a rejoint le groupe Marie Brizard (MBWS) qui a relancé en 2011 son absinthe, mais avec « seulement » 55 degrés d’alcool.


SOURCES Pastisnet & Marianne Ruelle Marseille Autrement & Christophe Trinquier
PHOTOS Dominique Milherou Tourisme-Marseille.com
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