
Dans les dépendances de l’église de la Mission-de-France, désaffectée pendant de longues années, s’installe en 1969 la synagogue Kether-Thora de rite tunisien, inaugurée en 1971. Elle comprenait, outre le temple, une école hébraïque et un monument aux morts dédié aux travailleurs juifs morts sous l’occupation. Ce site secret et méconnu n’est plus en activité bien que l’Association Israëlite Keter Thora soit toujours domiciliée à cette adresse du 44 rue du Tapis Vert.
En 2025 Raphaël Sitruk livre un témoignage passionnant et émouvant sur ce lieu via Instagram “Cela faisait des années que j’essayais d’y entrer. La synagogue Keter Thora, que mon grand-père appelait “Tapis Vert”, du nom de sa rue, à Marseille. Il en était l’un des fondateurs. Comme un code secret, un nom connu seulement de ceux qui avaient grandi avec les airs tunisiens dans les veines. J’en avais entendu toutes les rumeurs : qu’elle s’était effondrée, qu’elle avait été fermée. Mais pour moi, impossible de tourner la page sans aller la voir. C’est ici que mon grand-père Armand Sitruk priait. Qu’il célébrait les bar mitsvot de ses fils et qu’il a pleuré son fils, mon oncle Jacky. Là où la communauté tunisienne de Marseille avait tout donné, avec amour et simplicité. Il fallait que j’y retourne. Alors cette année, j’ai insisté. J’ai passé des appels. Et c’est mon ami Jonathan qui m’a glissé une clé : « Appelle Chalom, il va t’aider. » Nom magnifique. Une promesse. « Chalom, je suis Raphaël Sitruk. Le petit-fils d’Armand. J’aimerais entrer à Tapis Vert. » Le rendez-vous est pris. Juliette et les enfants sont avec moi. Mon ami John nous rejoint aussi, il ne pouvait pas manquer ça, son grand-père, Jacques Azria avait tant donné pour ce lieu. On entre. Derrière la grande porte noire taguée, un autre monde. Celui de nos pères et de nos racines. Ce jour là, des bancs vides, mais pleins de souvenirs. Un plafond d’étoiles de David. Des murs écaillés, mais couverts de plaques racontant les noms : Haddad, Azria, Sitruk, Teboul, Uzan, Saada, Slama, Bitton, Mamou, Bismuth…La salle aux bougies ou depuis plus de 40 ans la bougie de Jacky est toujours branchée et scintille. La stèle des travailleurs juifs tués sous l’Occupation, une réplique fidèle de celle du cimetière juif du Borgel à Tunis. Et cette plaque bleu émaillée dans la cour : “Jardin Dr. Jacky Sitruk”, mon oncle. Juste en dessous, une vigne a poussé encore vivante, portée par des grappes de raisin. Un signe de vie. La lumière est douce, les airs reviennent d’eux-mêmes. Ceux que mon grand-père chantait. On se regarde, on ne dit presque rien. Mais on sait. On sait ce que ce lieu a représenté. Et ce qu’il continue de dire”.
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