Appartement 119, un appartement d’apparat du XIXe siècle devenu lieu d’art et de design

14 boulevard Théodore-Thurner, 13006 Marseille
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Appartement 119, un appartement d’apparat du XIXe siècle devenu lieu d’art et de design
Catégorie : Culture & Art / Galeries d'Art
Arrondissement : 6ème
Site Internet : sianastudio.fr

Derrière une façade relativement discrète du boulevard Théodore-Thurner se cache l’un des intérieurs bourgeois les plus singuliers de ce secteur de Marseille. Au premier étage du numéro 14, un ancien appartement d’apparat du XIXe siècle, aujourd’hui baptisé Appartement 119, conserve salons décorés, cheminées en marbre, peintures murales et un spectaculaire jardin d’hiver. Fin août 2026, le lieu a été révélé au public à l’occasion d’art-o-rama et de l’exposition Objects in Progress aux croisements entre art contemporain, design et artisanat.

La documentation patrimoniale de Marseille identifie le 14 boulevard Théodore-Thurner comme un immeuble du milieu du XIXe siècle, aujourd’hui protégé au titre des éléments bâtis remarquables du secteur. La parcelle correspondante porte la référence cadastrale 825 C 246. Les sources publiées à l’occasion de l’ouverture du lieu datent la construction des environs de 1850. Lors de sa construction, le boulevard ne portait cependant pas encore le nom de Théodore Thurner. Cette courte artère située au-dessus du cours Lieutaud a connu plusieurs appellations. Elle est désignée comme Porte de Rome à la Révolution, devient boulevard Clary en 1810, boulevard des Parisiens en 1830 puis boulevard de Rome en 1852. Ce n’est que le 15 mars 1910 que sa partie haute prend le nom de boulevard Théodore-Thurner. Selon la date exacte de l’édification, l’adresse relevait donc encore du boulevard des Parisiens ou déjà du boulevard de Rome : les deux appellations se succèdent en 1852, soit précisément dans la fourchette de datation de l’immeuble.

Le nom actuel rend hommage au pianiste, organiste et compositeur Théodore Thurner. Né à Pfaffenheim, dans le Haut-Rhin, le 13 décembre 1833, il obtient en 1849 un premier prix de piano au Conservatoire de Paris, s’installe à Marseille en 1859 et y enseigne le piano au Conservatoire de 1864 à 1877, avant d’y revenir en 1883. Organiste de l’église Saint-Charles, il devient ensuite titulaire du nouvel orgue Cavaillé-Coll de Saint-Joseph. Élu à l’Académie des sciences, lettres et arts de Marseille en 1896, il habitait rue Marengo, à proximité immédiate du boulevard. Il meurt à Marseille le 15 mars 1907. Le boulevard reçoit son nom le 15 mars 1910 : jour pour jour, trois ans après sa disparition.

Un décor intérieur beaucoup plus tardif

Si la structure générale de l’immeuble remonte au milieu du XIXe siècle, une partie du décor intérieur du numéro 14 paraît avoir été transformée ou enrichie plusieurs décennies plus tard. Le salon principal constitue l’un des espaces les plus spectaculaires. Il présente une rotonde surmontée d’une coupole, une corniche décorative, une rosace ornée de putti, des boiseries et plusieurs panneaux peints évoquant les fêtes galantes du XVIIIe siècle. L’ensemble relève du goût néo-XVIIIe siècle, particulièrement apprécié par la grande bourgeoisie française et marseillaise à la fin du XIXe siècle, approximativement entre 1880 et 1905. La pièce la plus remarquable reste probablement le jardin d’hiver. Une grande verrière portée par une structure métallique éclaire un décor panoramique végétal composé notamment de palmiers, bananiers, glycines et oiseaux. Ces jardins d’hiver, destinés à accueillir plantes exotiques et moments de sociabilité, deviennent particulièrement recherchés dans les demeures aisées de la seconde moitié du XIXe siècle. À Marseille, ville portuaire ouverte sur la Méditerranée et les échanges internationaux, le goût pour les décors exotiques se développe fortement à la charnière des XIXe et XXe siècles. L’importance de cet espace, associé aux salons d’apparat, confirme le caractère particulièrement soigné de l’appartement.

Un ensemble architectural entre les numéros 10, 12 et 14

La longue façade réunissant aujourd’hui les numéros 10, 12 et 14 boulevard Théodore-Thurner présente une composition suffisamment cohérente pour suggérer un programme architectural commun. Il serait néanmoins prématuré d’affirmer que les trois bâtiments formaient à l’origine un seul hôtel particulier. Les grandes opérations immobilières marseillaises du milieu du XIXe siècle pouvaient également associer un appartement noble occupé par le propriétaire à plusieurs logements destinés à la location.

L’histoire précise de la division intérieure et de la succession des propriétaires reste aujourd’hui à documenter. Au numéro 12 se trouvent notamment aujourd’hui le Conseil régional de l’Ordre des architectes PACA et la Maison de l’architecture et de la ville, tandis que différents professionnels occupent le numéro 10.

Une restauration par Siana Studio

Au numéro 14, l’appartement fait aujourd’hui l’objet d’une restauration conduite par les architectes Anaïs Sansonetti et Simon Wuilmart, du Siana Studio, qui en ont fait cette année leur résidence et le siège de leur activité.

L’objectif annoncé est de préserver et restaurer progressivement les décors existants, volumes historiques, décors peints, cheminées en marbre et jardin d’hiver, tout en ouvrant l’appartement à de nouveaux usages liés à l’architecture, au design, à la création et à la transmission. La nouvelle vocation culturelle du lieu est devenue visible à la fin de l’été 2026. Du 27 au 29 août 2026, l’Appartement 119 a accueilli la première édition d’Objects in Progress, salon conçu par Valentine Hinfray, fondatrice de l’agence Fatch, qui partage son activité entre Marseille et Montréal, et Ari Pugh, stratège et sociologue, par ailleurs à l’initiative des Creative Futures Talks.

L’événement s’est inscrit dans la semaine marseillaise de l’art contemporain, en marge d’Art-o-rama, qui se tenait du 28 au 30 août à la Friche la Belle de Mai et réunit chaque année plus de 6 000 visiteurs.

Le projet a réuni artistes et designers autour de la matérialité, des usages et des nouvelles formes de production de l’objet contemporain. L’exposition se présentait volontairement à la frontière de plusieurs disciplines : art, design, artisanat et recherche matérielle. Parmi les créateurs invités figuraient notamment l’artiste canadienne Gab Bois, le designer marseillais Dorian Renard, le Studio Low, également installé à Marseille, et l’artiste française Emma Tholot. Au-delà de l’exposition, la programmation comprenait un vernissage le jeudi, des visites d’ateliers et des présentations hors les murs, une performance et une soirée de lancement d’ouvrage le vendredi, puis une table ronde le samedi.

Le choix de l’Appartement 119 n’était pas simplement scénographique. Les œuvres étaient installées au milieu des décors encore en cours de restauration, créant un dialogue entre mobilier contemporain, objets expérimentaux et architecture du XIXe siècle.

Un nouveau lieu culturel plutôt qu’une galerie classique

Objects in Progress marque ainsi davantage l’ouverture progressive d’un lieu que la naissance d’une galerie traditionnelle. L’Appartement 119 doit accueillir des rencontres entre designers, artistes, architectes, artisans et collectionneurs, mais aussi des expositions et événements ponctuels. Ses nouveaux occupants revendiquent précisément cette rencontre entre patrimoine et création contemporaine : préserver un appartement historique tout en lui redonnant une fonction active plutôt que de le transformer en décor figé.


SOURCES Art-o-ramaIchtus Magazine Le Monde & Siana Studio & Ville de Marseille / Métropole Aix-Marseille-Provence – documentation patrimoniale AVAP / PLUi, parcelle 825 C 246, hôtel particulier du milieu du XIXe siècle, immeuble à conserver & Adrien Blès, Dictionnaire historique des rues de Marseille
PHOTOS Dominique Milherou
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