Ancienne usine Ricard, L’Épopée Village & La Factory

4 rue Berthelot, Sainte-Marthe, 13014 Marseille
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Ancienne usine Ricard, L’Épopée Village & La Factory
Arrondissement : 14ème
Site Internet : epopee-village.com

C’est ici, à Sainte-Marthe, que Paul Ricard est né en 1909 et que le « vrai pastis de Marseille » a bâti son empire. Pendant des décennies, le siège historique de la marque a occupé ces 9 000 m² du 14e arrondissement, avec son usine, sa cantine, sa buvette maison et ses immenses lettres jaunes posées sur le toit. En 2020, Ricard est parti pour les Docks de la Joliette, laissant le quartier orphelin. Depuis 2021, l’association marseillaise Synergie Family y a installé L’Épopée, un village dédié à l’innovation éducative et sociale : 50 structures résidentes, un marché de producteurs chaque lundi, des concerts, des visites guidées… et bientôt un campus dans l’ancienne usine.

Le berceau du pastis

Paul Ricard naît le 9 juillet 1909 à Sainte-Marthe, dans ce 14e arrondissement alors couvert de bastides, de ruisseaux et de petites industries. Fils d’un marchand de vins, il commence par peindre avant de reprendre l’affaire familiale. En 1932, il met au point sa recette d’anisé et lance une formule promise à la postérité : « Ricard, le vrai pastis de Marseille ». Le timing est audacieux. Les boissons anisées ont été frappées par la loi de 1915 interdisant les alcools titrant plus de 16°, dans le sillage de la prohibition de l’absinthe. Le régime de Vichy les interdit de nouveau en 1940. Il faut attendre 1951 pour que le pastis soit réautorisé, à 45°, et que la maison Ricard reparte pour de bon. Le succès est foudroyant. Paul Ricard devient l’un des grands industriels du Sud, achète l’île de Bendor puis les Embiez, crée le circuit du Castellet et invente une culture d’entreprise restée légendaire, où l’on se faisait « un ami par jour ».

En 1975, Ricard fusionne avec Pernod Fils pour donner naissance au groupe Pernod Ricard, aujourd’hui numéro deux mondial des spiritueux. Mais le siège français de la marque, lui, ne bouge pas : il reste rue Berthelot, à deux pas de la maison natale du fondateur.

Le départ

En 2019, le groupe annonce qu’il quitte Sainte-Marthe. Ses quelque 350 salariés rejoignent le bâtiment des Docks, à la Joliette, en 2020. Pour le quartier, c’est un coup dur : l’usine n’employait plus de distillateurs depuis longtemps — les bâtiments servaient de bureaux — mais elle restait le dernier grand employeur du secteur et, surtout, un repère. Les lettres RICARD visibles depuis la voie ferrée faisaient partie du paysage.

Le site libéré représente 9 000 m² : le siège, l’usine, la cantine d’entreprise, des annexes et une buvette maison baptisée « Le Cercle ».

L’Épopée, le village qui a pris la suite

Plutôt que de laisser partir l’ensemble à la promotion immobilière classique, Pernod Ricard accepte de valoriser son ancien site au profit d’un projet d’intérêt général. C’est Synergie Family, association marseillaise spécialisée dans les actions socio-éducatives, qui l’emporte avec un concept inédit : un « village » ouvert à tous, mêlant formation, entrepreneuriat social, sport, culture et petite enfance. Un appel à manifestation d’intérêt est lancé au printemps 2020, clos le 5 mai. L’investissement total est alors estimé à environ 19 millions d’euros, monté avec la foncière Etic. Parmi les premiers partenaires : le tiers-lieu Ici Marseille (Make ICI), l’équipe d’e-sport MCES, des acteurs de l’EdTech et de l’économie sociale et solidaire. Le projet vise jusqu’à 1 500 visiteurs et élèves simultanément, et quelque 200 à 300 personnes travaillant en permanence sur place.

L’Épopée ouvre en 2021, sous la direction de Pierre-François Duwat. L’association en fait la plus grande de ses implantations.

Le village aujourd’hui

Cinq ans plus tard, le pari est tenu. L’Épopée revendique 50 structures résidentes et 407 coworkers sur le site, 14 organismes de formation et quelque 120 sessions par an, et affiche un compteur de 285 événements organisés pour 75 000 visiteurs depuis l’ouverture. Les anciens bureaux de Ricard abritent désormais des espaces de coworking dédiés à l’économie sociale et solidaire, des salles privatisables, une « bulle créative » pour les expériences artistiques et un bar.

Surtout, le lieu est ouvert à tous, ce qui est rare pour un tiers-lieu de cette taille. Chaque lundi, un marché réunit des producteurs locaux, bio et de saison. La programmation enchaîne concerts, ateliers, stages et conférences. On peut même suivre des visites guidées baptisées « Marseille version Épopée ». Et les 19 000 m² du site offrent un terrain de jeux comme il en existe peu dans ces quartiers coupés en deux par la voie ferrée.

Le quartier s’est aussi mis à la couleur : le village accueille régulièrement des interventions de street-art, comme celle de l’artiste Nefrit.

2025-2026 : l’usine devient « La Factory »

Restait un morceau du site à réveiller : l’ancienne usine elle-même, 4 200 m² de friche inoccupés depuis le départ de Ricard. Baptisée La Factory, sa transformation en campus de formation est confiée à l’agence Corinne Vezzoni et associés, avec le promoteur Redman. Budget : 16 millions d’euros, dont 6,5 M€ de la Banque des territoires, 1,5 M€ du fonds friches de l’État et 1,25 M€ de la Société générale. Le désamiantage est achevé, la première pierre a été posée à la mi-juin 2025, et les travaux doivent durer environ un an et demi pour une ouverture annoncée fin 2026. Au programme : la Marseille Business School — déjà installée sur le site avec quelque 250 étudiants — au rez-de-chaussée sur 1 400 m² et douze salles, le groupe d’insertion La Varappe sur un plateau de 1 200 m² au premier étage, et les équipes de L’Épopée dédiées à l’innovation éducative, notamment pour les 0-3 ans, au second. Une buvette et une grande allée centrale sont prévues dans la cour.

Quant à la mémoire du lieu, elle ne disparaîtra pas tout à fait : l’ancien mélangeur en inox doit être conservé et exposé comme une œuvre. Le sort des fameuses lettres RICARD, en revanche, n’est pas tranché — elles pourraient quitter la façade.

 


SOURCES Made in Marseille & Gomet’ & Urban Attitude & L’Épopée & Wikipédia
PHOTOS Dominique Milherou & Archives Ricard
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